J'ai eu du mal à trouver un titre à cet article. Je ne suis pas fière de celui-là, alors si vous en avez d'autres, devenez ma muse. L'effort demandé est trop grand pour moi. Leya, ma consoeur, m'a fait découvrir cette affiche, et elle même a analysé ce qui la dérange ICI.

 

kine

 

 

Cette affiche me dérange au plus haut point et sur bien des aspects. Il m'a fallu du temps pour écrire cet article, laisser retomber la pression et la colère pour analyser ce qui chez moi déclenche ce courroux et cet ire digne de nos ancêtres. J'avais effleuré le fait d'être une femme et une kiné ICI.

 

Je reprends chaque élément de l'affiche et j'essaye de voir en quoi il s'articule, c'est l'étape finale et souvent oublié du "brain storming" en éducation thérapeutique:

 

1 - Des éléments de dessin:

  • Une jeune femme, le regard songeur en gros
  • plusieurs "actes" sur une table de rééducation
  • Un homme en slip avec les petits traits d'exclamation
  • une femme en nuisette rouge, avec les attributs d'un diable (queue fourchue et trident, on devine même des petite cornes)

 

2 - Des éléments informatifs:

  • "Plus tard, je voudrais être kiné pour manipuler les hommes" avec un renforcement visuel sur le terme kiné entouré de rose, et le terme manipuler ligné en rose.
  • "Êtes-vous sûr du métier que vous allez choisir?"

 

La jeune femme au regard songeur:

Pas de problème, rien à dire au contraire. Pour faire ce métier, j'ai besoin d'une part de rêve, celui de m'épanouir personnellement. De ne pas faire ce métier par défaut mais par choix, par passion, par envie.

 

Les petits dessins:

Déjà, je suis moins fan mais ce qui m'a sauté au visage (c'est le cas de le dire) c'est qu'ils n'ont pas de visage. Ce sont des anonymes pourrait-on dire en première lecture. Moi, je vais pousser le bouchon plus loin en parlant de chosification. Le visage, c'est la personne. Enlever lui le visage, vous n'en faites qu'un tas de chair. Dans le roman de Patricia Cornwel "Piège en eaux troubles", un groupe terroriste s'empare d'une centrale nucléaire avec des otages. Ces otages sont parqués dans un coin et surtout, leurs visages sont recouverts par un sac de toile pourvu de deux trous pour voir et c'est tout. C'est une dépersonnalisation, pire une chosification. Pourquoi? Parce qu'il est plus facile de détruire un objet que de tuer une personne.

La seconde image m'interpelle: cela ne m'évoque pas un soin kiné mais un soin d'ostéopathe ou de chiropracteur.

La petite diablesse en nuisette rouge: Qu'est-ce qu'elle vient foutre là? On dirait un fantasme de mec qui ne conçoit la sexualité qu'à travers les films pornos actuels! En gros, une "salope" dans son terme le plus grossier et vulgaire.

Le type en slip: Le beau brun baraqué dans son "moule-burnes", les plaquettes de chocolat en évidence. L'auteur aurait-il fait son propre portrait ou son portrait idéal?

Tous les patients sont sveltes et jeunes mais malades, à poil ou en blouse d'hopital, tous les "kinés" sont jeunes, sveltes et en tenue (bon là, je ne peux qu'aquiescer).

 

 

Le texte le plus gros:

Bon là, je vais sortir l'artillerie lourde. Le texte sert ici de décodeur des dessins. Mais b*rdel de m*rde à c*n de chiottes (oui c'est pas beau et grossier toussa toussa), pourquoi du rose??? Je vais jouer ma féministe enragée mais dès que cela concerne un tant soit peu les femmes, on nous colle du rose. Mais par pitié, arrêtez ce cliché! Je veux en tant que femme ne pas être cantonnée à cette couleur. Elle me sort tellement par les yeux que j'ai banni le rose de ma garde-robe et de mon intérieur à cause de ce matraquage incessant de "le rose c'est pour les filles!".

 

Avec ce beurk de rose, cette image associe les mots "kiné" et "manipuler". Et dans le terme manipuler, j'y vois deux possibilités:

Manipuler un objet, un corps. Le patient est réduit à sa pathologie, à son corps de malade (j'ai horreur de ce mot, croyez-le). Il n'existe plus en tant que personne, renforcé par le fait que les "patients" de l'image n'ont pas de visage...

Manipuler une personne sur le plan psychique: je vois l'ombre d'un pervers narcissique, d'une domination du "praticien" sur le "malade", un asservissement, une chosification...tiens encore? L'effet est donc renforcé entre le texte et l'image.

 

La suite nous précise alors qu'il s'agit de manipuler les HOMMES...Quoi? C'est là où ma fibre humaniste résonne plus fort encore et me fait bondir. (je dois faire une pause ici pour reprendre mon calme et l'écriture de cet article). Je ne suis pas fan du "Girl Power". Certes, je suis une femme et satisfaite d'en être une. Mais au nom de quoi "manipuler les hommes"? Au sens large, ce serait manipuler les êtres humains, stricto sensus, ce serait manipuler la gent masculine? Ma dernière affirmation est alors renforcée par l'image de la petite diablesse en nuisette rouge...La salope manipule les hommes, les kinés manipulent des corps, les kinés sont des salopes, ou à l'inverse les salopes ont un métier idéal dans la kiné...Là, j'ai franchement envie de gerber. tout mon être se révolte. Je bondis sur place, j'ai réagi vivement sur twitter, crachant mon dégoût de cette image.

 

Mais...car il y a un mais...il manque la dernière phrase: celle en tout petit qui flèche vers le site l'étudiant.fr. "Êtes-vous sûr (sic) du métier que vous allez choisir?" Une toubib de médecine générale a eu assez de recul pour me dire que ce n'était que des a priori dessinés et que cette phrase incitait à aller au delà de l'image en allant sur le site pour obtenir des renseignements objectifs sur le métier de kiné.

C'est là que je vois mon insuffisance. Elle a été critique, les cours et TD de Lecture Critique d'Articles ou LCA ont développé son sens critique au delà de ce que moi j'ai vu et analysé. Mais peu de gens ont ce sens critique, très peu. Il y a trop d'informations dans cette affiche allant dans le sens de l'apriori avec une toute petite balance vers le contraire. Elle, elle l'a vu mais moi, je ne l'ai pas vu. Et combien parmi nous l'ont-il vu?

 

Je regarde souvent des blogs comme "Vie de Meuf", j'ai été victime d'agressions sexuelles physique et/ou verbale, en tant que femme ou en tant que kiné. Parfois même les deux ensemble, parce que j'étais une femme kiné. Au moment où Leya m'a montré cette affiche, j'étais en train de lire un poignant livre qui a réveillé des échos en moi "Viol et renaissance. Comment faire d'un traumatisme une oeuvre humaine?" de Véronique Cormon.

En 1999, 8% des femmes ont subi au moins un viol ou une tentative de viol et 11,4% des femmes ont été victimes d'au moins une agression sexuelle au cours de leur vie. Ce sont les chiffres officiels, des actes qui ont donné lieu à une plainte ou un flagrant délit. Ils ne prennent pas en compte la prescription des faits, ni celles qui ont tu ce qui leur est arrivé. La violence envers les femmes est partout et à tout niveau. La femme ne peut être que mère ou salope. La jupe est devenu le signe pour ces mâles une invitation à se faire traiter de salope, de cochonnes qui en veulent.

Et je vois cela, attaché par cette affiche, à mon métier...Je n'ai qu'un regret dans cette analyse, c'est de ne pas avoir trouvé l'article décrivant mon métier en ayant cliqué sur cette image. Mon analyse est donc tronquée et peut-être (je dis bien "peut-être" mais pas "sûrement" attention!) ce métier est décrit de manière objective.

 

Réfléchissez de votre coté, moi je ne peux plus.

 

Je n'en peux plus de cette violence et de la discrimination quotidienne dans la rue, dans les films, dans le travail, dans la publicité envers et contre les femmes...partout.