Je n'aime pas le terme de confrères ou de consoeurs. Il implique que nous sommes une grande famille qui nous aimons avec un petit coté corporatiste qui me déplaît. Bien souvent, nous ne pensons pas cela. Le nouvel ordre des kinés a du reprendre le code de déontologie de l'ordre des médecins pratiquement mot pour mot. Pour ma part, je n'ai pas eu à attendre cet ordre pour avoir des principes et des valeurs concernant mes relations avec mes homologues de diplôme.

"Le soleil brille pour tout le monde"

avait l'habitude de dire mon collègue libéral.

Le carnet de rendez-vous était toujours plein, sans avoir besoin de mettre des peaux de banane sur le trottoir au pied du cabinet, le bouche à oreille était notre publicité. Je considère que le travail bien fait sans le crier sur les toits est notre meilleur publicité. Un patient satisfait de son kiné va en parler à 3 personnes, un patient mécontent va en parler à 10 personnes. Une réputation se bâtit lentement sur la durée mais se détruit très vite.

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Elle a 35 ans, 2 enfants en bas age. Son genou est en mauvais état, une arthroscopie la débarasse des bouts de ménisques qui la gênent. Mais elle a développé un syndrome d'algo neuro dystrophie. La complication que les kinés redoutent et recherchent systématiquement. Je la rencontre 6 mois après son opération, la raideur est importante, la douleur également. La rééducation lui est profitable mais pas assez. La raideur est très importante avec un phénomène de butée non douloureuse. Son chirurgien décide de faire une mobilisation sous anesthésie générale.

Ce type de mobilisation permet un gain rapide d'amplitude qu'il faut alors entretenir dès le lendemain par une mobilisation longue, lente et douce. Il existe pour cela les arthromoteurs. La jambe est posé sur un appareil qui va doucement et lentement effectuer la flexion/extension nécessaire et ce sur un laps de temps assez long.

 

arthromoteurDans mon cabinet, nous ne disposons pas de cet appareil. La patiente est gênée de m'annoncer que le chirurgien l'a envoyé vers un autre kiné qui dispose de ce matériel. Je la rassure, la conforte et l'encourage dans l'idée d'aller chez ce nouveau kiné, car c'est la technique indiquée dans son cas.

Un mois plus tard, elle est revenue avec une nouvelle ordonnance de son médecin généraliste cette fois. Le genou est encore raide mais l'amplitude est mieux par rapport à mes bilans précédents. Massage des culs de sacs, mobilisation rotulienne, renforcement musculaire du quadriceps, travail en tenu relâché pour gagner en gain d'amplitude...le travail manuel est essentiel dans son cas. Même si j'ai à ma disposition des appareils d'électro stimulation, des cages de pouliethérapie, rien ne peut remplacer mes mains. Même si l'ordonnance ne comporte pas de balnéothérapie, je travaille dans l'eau avec elle. Et le travail avance bien, elle a de moins en moins mal, elle récupère bien.

Et un jour, mes mains sur son genou, elle me raconte les séances chez l'autre kiné. Je n'aime pas beaucoup cela, la comparaison n'a pas lieu d'être. Mais ce qui me fait bondir c'est la suite:

"Mr.G dit que vous n'avez pas de diplôme pour exercer, que Mr. T votre titulaire ne fait que poser des appareils et vous aussi. D'ailleurs, je devais retourner chez lui selon le chirurgien mais j'ai fait plus de progrès avec vous qu'avec lui"

Que dire? Que faire? J'en parle à mon collègue T...jalousie, j'apprends qu'il a déjà eu des problèmes avec ce con-frère...et indirectement, parce que je bosse avec T, je suis mis dans le même panier...Je suis furieuse, furieuse que l'on mette ma probité, ma capacité et même mon diplôme en doute...pire qu'on le nie.

Je suis allée dans un magasin de bazar acheter un petit cadre, j'ai photocopié mon diplôme et l'ai placé dans le cadre. Je l'ai posté avec un petit mot :

 

Madame Biche a l'honneur de vous informer de sa réussite au diplôme d'état de masseur kinésithérapeute.

Confraternellement votre.