Je vais encore une fois vous parler de moi, de mon parcours en tant que patient / malade / chieuse mais j'ai choisi de transformer la violence de ma maladie en un moteur, en une nouvelle vie.

Je crains tous les jours que mon anonymat soit levé, qu'un lecteur recoupe les informations de ci de là et se dise "Je la connais! Je sais qui c'est". Certains m'ont retrouvé sur des réseaux sociaux mais je ne souhaite pas leur parler comme cela. D'un autre coté, je m'en fiche parce que ma vie d'avant n'est plus celle que je vis maintenant. Si j'avais écouté les médecins-grands-manitous-qui-savent-tout-et-méprisent-ce-que-dit-le-patient, ma carrière de professionnelle de santé serait morte. Une partie de moi serait morte. Je ne pourrais plus exercer mon art et j'aurais du envisager une autre vie, repartir de zéro, d'une époque similaire au baccalauréat. Je suis déjà morte une fois professionnellement. Je n'ai plus rien à perdre mais tout à construire.

J'ai longtemps hésité à contacter la cellule qualité du CHU où je travaille et où j'ai commencé mes soins. J'ai pensé à me taire pour ne pas me griller avec ma hiérarchie et bloquer mon évolution, mais je sais que lorsque j'aurais repris le travail, je me ferais un devoir de pousser la porte de ce bureau. D'une part, parce que j'avais commencé à travailler avec eux dans le cadre de la gestion des risques, d'autre part, parce que d'autres patients n'ont pas la même chance que moi. Je ne me considère pas comme un porte-parole, je veux juste que mon expérience devienne leur expérience à eux, pour progresser, ne pas faire les mêmes erreurs.

Oui, je renais doucement à la vie. Et j'appréhende cette vie sans me sentir en sécurité, j'ai peur de recommencer à travailler, de voir plein de monde s'agiter autour de moi, mais je ne sais faire que cela travailler en réa, où les gens bougent beaucoup autour de soi. J'ai la chance d'avoir une psychothérapeute formidable, et continuer de la voir malgré mes finances a été un choix thérapeutique et un investissement pour mon avenir. Grâce à elle, je peux maintenant faire d'un traumatisme une pulsion de vie et de création. Je me sens renforcé dans mes idéaux et mes valeurs, le peu auquel je crois, j'en suis sur maintenant! J'ai déjà eu des soucis professionnels où la loi m'a dicté ma position et mon comportement et m'ont mis en porte à faux avec des confrères mais j'ai ma conscience pour moi. Je ne peux plus être loyal à une personne et passer ses erreurs sous silence si je ne suis plus en accord avec moi même. Cet évènement a eu lieu avant ma maladie et quoiqu'il m'en a coûté personnellement, hiérarchiquement, professionnellement, j'ai respecté la loi et mes valeurs.

Oui, la vie renait en moi...doucement...une vie fragile qui a besoin d'être sécurisé...je suis fragile et je demande à croitre en sécurité. Ma maladie m'a transformée mais j'ai choisi de transformer ma vie.

 

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