C'est le jour des résultats...internet n'étant pas encore dans tous les foyers et n'offrant pas encore les services actuels, les résultats seront affichés dans nos écoles respectives. Moi qui pensait ne jamais avoir à y remettre les pieds, il faut y aller. Mon futur titulaire, Main d'or, m'a déjà appelé pour avoir le résultat dès 8 heures du matin. Pas avant 10 heures enfin...

Arrivée à l'école, c'est l'angoisse. Au vu de mes deux dernières épreuves, je vais faire comme pour les résultats du bac: je vais regarder les recalés en premier puis ensuite les admis en commençant par les derniers.

Les aspirants au diplôme sont presque tous là, les clopes s'enchainent sur le trottoir devant l'édifice. Chacun regarde sa montre...encore 5 minutes...encore 2 minutes...Il fait chaud, le temps à l'orage aggrave la sensation de malaise...Pourquoi je m'inquiètes? De toutes façons, je vais le repasser en septembre!

-"Ca y est! C'est affiché" hurle un compatriote d'infortune de fortune.

C'est la précipitation, mégots et cigarettes à peine allumées sont écrasés de la pointe de pied en geste nerveux et c'est la ruée jusqu'au premier étage, celui de l'administration. Deux feuilles A4 sont collées l'une en dessous de l'autre. Ca se bouscule un peu, chacun cherchant son nom. Je suis prise par la foule et tente d'appliquer ma stratégie de lecture...peine perdue, les noms sont classés juste par ordre de notation avec la mention "reçue" ou "ajournée"...comme au concours d'entrée, comme à chaque résultats de partiels. Sauf que là c'est avec les noms de tous les postulants de la région. Même avec un 12/20 global, si une seule note est inférieure à 8/20, c'est l'ajournement et direction la session de septembre. Pas de rattrapage, il faut repasser toutes les épreuves.

J'ai détesté ce système: les meilleurs avaient les meilleurs stages, les moins bons devaient se contenter des restes. Les bons devenaient encore meilleurs et les moins bons restaient ce qu'ils sont. J'étais dans le ventre mou du peloton. Ni excellente, ni mauvaise...juste quelqu'un qui essayait d'apprendre et de comprendre...surtout de comprendre, je n'ai jamais eu une mémoire en 6 giga octets, alors il me fallait compenser par l'intelligence et la réflexion.

Je remonte la liste de noms...arrivée à la moitié, je me dis que j'ai du sauter une ligne et donc mon nom....je reprends tout en bas, tentant de me concentrer malgré les cris de joie ou de dépit qui se manifestent de plus en plus. Je suis arrivée à la moitié de la liste et n'ai toujours pas trouvé mon nom. Je remonte encore...encore...et trouve enfin mon nom...je suis reçue!

Je suis reçue! J'ai du mal à y croire...il doit y avoir une erreur. Je regarde le détails des notes.

Il y a bien mon 17/20 de la première épreuve, on est d'accord, tout va bien. Pour la seconde épreuve pratique, j'ai eu un 10/20. Compréhensible, je n'ai pas fait de fautes d'insuffisance ou de mise en danger et je n'ai pas brillé ce jour là! Et cette soutenance où je me suis pris la tête et le bec avec le jury? La note est de 15/20...Je suis dans les 20 premiers de la région. Je ne veux toujours pas y croire, je regarde les autres noms, notamment les têtes de ma classe, ceux qui avaient de grandes capacités étudiantes, qui trustaient les premières places et les meilleurs stages...Il y en avait un qui m'énervait beaucoup: un fêtard, parfois fouteur de merde dans les cours, mais qui avait une bonne bouille et un bagout incroyable, entortillant les profs comme un doigt entortille une mèche de cheveux.

Et il était derrière moi....physiquement certes, mais aussi sur cette p*t*in de liste! J'étais la 3ème de ma promotion d'école...et j'ai eu le dernier mot. Je me suis souvenue de ce cours de gériatrie, que j'avais pris consciencieusement pendant que les autres faisaient acte de présence et révisaient leurs partiels. Le cours n'était pas passionnant, le prof non plus. Une amie m'a demandé mes notes pour les photocopier...j'aurais du les garder pour moi et me casser une jambe ce jour là. Ce cours a été photocopié au final par toute la promo, j'avais bossé pour les autres. Je ne l'ai jamais digéré. Et ce jour, je savoure ma victoire, mon travail a payé malgré les quelques stages très trop éloignés de mon domicile, malgré les stages pas si inintéressants que cela. (Je dis souvent aux futurs kinés que j'encadre que le stage sera ce qu'ils en feront: s'ils en veulent ils trouveront, s'ils le prennent par dessus la jambe, ce stage leur semblera nul.)

Les secrétaires battent le rappel, il faut venir chercher son attestation de diplôme contre signature. Attention de ne pas le perdre, il n'y aura pas de duplicata et cette feuille sera demandé contre la remise du diplôme définitif. Ca se bouscule moins qu'à l'affichage des résultats, certains commentent leurs épreuves, critiquent leurs notes en bien ou en moins bien. Certains pleurent, ils sont prévus pour septembre. Je m'en fous et m'en contrefous, ce jour est le dernier jour où je mets les pieds dans cette école. Je n'y ai pas que des mauvais souvenirs, il y en a des bons. Il n'y avait pas que des mauvais profs, il y en avait d'excellents, pleins d'esprit, d'humour et d'humanité. Mais l'institution...le directeur, le directeur des études...je n'ai pas oublié comment une manoeuvre a fait pleurer toute une promotion en dépit des textes de lois et des réglementations en vigueur.

Direction le rez-de-chaussée, un pot est organisé, les professeurs sont là pour nous saluer. Je vais voir ceux que j'ai aimé et dont j'ai apprécié la manière d'enseigner, même si leurs matières pour certains n'étaient pas du tout ma tasse de thé. A eux, je leur ai dit merci...mais au directeur et au directeur des études, j'ai pu glisser ce que je voulais dire...on ne forme pas de futurs professionnels de santé en les infantilisant, en ne les rendant pas autonomes mais dépendants d'un système scolaire qui n'a pas lieu d'être dans notre exercice.

J'ai mon papier en main et suis sur le trottoir (non, je ne fais pas le trottoir). Coup de fil à Main d'or.

-"Je l'ai!"

-"Bravo! Tu commences quand?"

J'ai mon papier en main, une simple attestation de réussite mais je suis officiellement masseur kinésithérapeute diplômée d'etat.

 

remise_diplome

 

Je sais seulement une chose, c'est que je ne sais rien...l'apprentissage de mon métier commence maintenant. Pour l'instant, je n'ai que des connaissances, qu'un savoir et un savoir faire...me reste à acquérir un savoir être. Et aujourd'hui, je suis totalement responsable de mes actes, il n'y aura personne pour me superviser. J'ai peur de commettre une erreur.

 

Et ce diplôme proprement dit, ce bout de papier officiel, estampillé du ministère de la santé, me demanderez-vous? Je l'ai eu...un an plus tard. Je reçois un courrier me stipulant les modalités pour l'obtenir: échange attestation de réussite contre diplôme papier flambant neuf. Un vague bureau, "bonjour-tenez-merci-au-revoir"... Je me remémore une scène du film "taxi" de Luc Besson quand le personnage de Sami Naceri va chercher sa licence de taxi, après avoir travaillé et patienté, pour l'obtenir à un guichet...même scène.

 

Bah quoi, vous pensez qu'on allait jouer la Marseillaise en mon honneur?

 

mars03