Lorsque j'ai annoncé à Mains d'or, celui qui était une figure paternelle et qui allait devenir mon mentor, mon ami et mon titulaire dans son cabinet, il m'a répondu très clairement:

"Biche, tu fais une connerie, l'âge d'or de la kiné est passé"

Je ne l'ai pas cru, et même si je l'avais cru, c'était ce que je voulais faire. Je ne me sentais pas les épaules pour faire médecine, non pas par manque de capacités intellectuelles mais par manque de capacité de travail. J'ai une chance, je pige très vite et avoir des facilités de compréhension n'aide pas au travail d'acharné, ni au travail de mémorisation bête et aveugle. J'en veux pour preuve mes notes d'histoire catastrophiques et mes notes de mathématiques dythirambiques (tout en sachant que je faisais toutes mes épreuves sur 1 heure, quelque soit le temps de 2 ou 4 heures imparti au départ). Je voulais un métier technique, je voulais un métier où l'on réfléchit, je voulais un métier en relation avec les gens même si parfois j'ai une appréhension à rencontrer de nouvelles têtes. Je ne voulais pas être derrière un bureau, derrière des chiffres impersonnels.

Si l'on prend la programmation neuro-linguistique, j'appartiens à la catégorie des "toucheurs". La main est le prolongement de mon cerveau.

La kiné était faite pour moi, les études un peu moins...

Je vous ai raconté ici et comment les études m'avaient poursuivi et mon sentiment à l'égard de certains formateurs.

Mais reprenons depuis le début

 

* Comment peut-on intégrer K1?

Pour faire kiné, à mon époque, il fallait passer un concours dont le programme portait sur le programme de première S et Terminale D en physique, chimie et biologie. Théoriquement, il était possible d'intégrer directement de terminale à K1 (première année d'études de kiné). J'en suis la preuve, c'est ce qui s'est passé pour moi, je n'ai pas fait de prépa. L'inconvénient, c'est que chaque école a son concours...avec 10 écoles en région parisienne, les sommes pour passer un concours peuvent être faramineuses. (Je ne parles que de la région de Paris car c'est celle que je connais).

A présent, certains régions ne proposent plus de concours basé sur les connaissances de lycée mais la sélection se fait au moment du concours de première année de médecine. Ce n'est pas le cas partout. Pour faire kiné maintenant, vous réduisez vos chances puisque vous ne pouvez plus passer tous les concours puisque le mode de sélection est complètement différent selon les régions. C'est une aberration!

 

* Les études de kiné ne sont pas très chères?

Sur ces 10 écoles parisiennes, il y en a 1 publique, 1 réservée aux aveugles et mal-voyants (le politiquement correct m'emmerde, je ne dirais pas non-voyant) et le reste est privée. Une école privée c'était 30 000 francs à l'époque (le dinosaure vous emmerde) soit un peu moins de 5 000 euros. Le prix a bien évolué depuis pour dépasser les 8 000 euros par an dans le privé.

Je suis aussi étonnée du nombre de kinés formés chaque année et surtout de leur répartition privé/public. Ou vous avez l'argent et vous faites du privé, ou vous avez un cul monstre et vous décrochez la timbale en décrochant une école publique à 400 euros par an.

 

* Mais c'est quoi ce bins dans la durée des études?

Au sortir de la seconde guerre mondiale, le diplôme était celui d'infirmier-masseur pour être scindé plus tard en deux diplômes, celui d'infirmier et celui de masseur-kinésithérapeute. Nous sommes donc, kinés et infirmier(e)s, des cousins. Au commencement de la rééducation, la formation se faisait sur deux ans. Elle a été allongé sur trois ans avec l'évolution de notre diplôme. Pour autant, nous étions toujours considéré comme bac+2. Le rallongement des études de 2 à 3 ans aussi était une aberration car le programme alors en cours se devait d'être fait sur 4 ans initialement. Donc au final nous faisons sur 3 ans un programme prévu initialement prévu pour 4 ans tout en étant reconnu bac+2. Vous avez dit injustice? Foutage de gueule? Vous n'êtes pas loin. C'est mon humble avis. Et la nouvelle réforme par application du processus de Boulogne est encore plus injuste.

 

* Un kiné est-il un médecin raté?

Mouahaha, passez votre chemin mécréant! Je n'ai jamais, au grand jamais voulu faire médecine à l'époque. Je ne suis pas un médecin raté, ma vocation est née quand j'avais 17 ans en première au lycée. Et tout ceux de ma promo était là par choix et non par dépit. Je me souviens d'un homme de 35 ans, architecte de formation, qui se reconvertissait. J'ai vu des gens motivés. Je me souviens d'un autre homme très motivé dans ma promo: père de deux enfants, boursier, qui pour payer ses études et vivre avec sa femme et ses deux enfants travaillait la nuit comme gardien de parking. Il en a sué pendant ces 3 ans et sa force de travail et surtout de résistance ont toujours provoqué l'admiration. Je me souviens d'un étudiant en médecine, ah bah voilà il avait raté le concours celui là! Ah mais non, il avait décroché le concours de première année de médecine mais il s'était rendu compte que ce n'était pas pour lui, qu'il préférait et de loin faire kiné...

 

* Et alors pourquoi tu nous écrit tout cela?

parce que la réingénierie des études de kinésithérapeutes, en application du processus de Boulogne (Bref, le LMD) nous reconnaît le grade Licence!

C'est cool, me direz-vous, vous passez de bac+2 à bac+3. En plus, quand on a fait une prépa, sur le programme de bio/phys/chimie ou une PACES, on a droit à  60 ECTS de validés pour le master....à condition d'avoir fait une prépa. Je n'ai donc aucun droit à ces ECTS, je ne suis donc que titulaire d'une licence. Je savais que je n'aurais pas du réussir du premier coup mon concours! Quelle conne! Je n'ai pas perdu un an à rabâcher le nucléaire et la méiose, je n'ai pas perdu 15 000 francs ( 2500 euros), je ne passe pas par la case départ...circulez, y'a rien à voir.

Je rappelle que ces études sont prévues à la base pour 4 ans, soit un niveau M1. Que c'est généreux de nous reconnaître bac+3...non je déconne, je suis révoltée! Je sens que ma profession est mise à mal depuis des années.

Il y a eu les STAPS, je ne sais toujours pas à quoi cet élargissement de compétences qui fait redondance avec la notre par certains aspects est bénéfique pour la profession. Y'a aussi la vague notion d'aide-kinésithérapeute ou d'assistant...c'est un maelstrom incompréhensible qui au fond n'apporte rien à part des économies en payant moins cher quelqu'un avec un autre diplôme. C'est une véritable paupérisation de la profession.

Il y a les esthéticiennes qui pratiquent le drainage lymphatique manuel, le massage alors que le massage est de l'exclusivité et du monopole du kinésithérapeute! Ah oui mais ce n'est que de l'esthétique, ce n'est pas du soin...et mon cul c'est du poulet? Un massage qu'il soit à visée curative ou de bien être est et demeure un massage. La définition du massage est suffisamment explicite (décret de compétences) mais je pense que tout le monde s'en fout que des personnes pratiquent une activité lucrative alors qu'elle n'ont pas le diplôme ni les compétences. Je ne me suis pas gaufré 2 ans de travaux pratique de massage ou d'exercice en stage pour rien. Et non, un massage bien être n'est jamais sans danger!

Bref, on a une hétérogénéité du recrutement, des filières, des diplômes avec une reconnaissance quasi absente à part celle des nos collègues IDE/AS, parfois des médecins (un grand mandarin m'a sorti que la kiné ne servait à rien quand même!), celle de nos patients...mais la reconnaissance de la part des autorités de tutelle ou des administrations est égale à néant. Nous sommes potentiellement en libéral des fraudeurs, des voleurs, des menteurs (rappelez-vous ici).

Bref, j'ai mal à ma kiné, j'ai mal à ma compétence, j'ai mal parce que la formation de kiné se fait en majorité sur un critère économique et pécunier accentuant les inégalités sociales. J'ai eu de la chance en étant née en 1974, mes parents ont pu me payer la seule école que j'ai pu décrocher. Ils ont pu la payer car je n'ai pas du m'expatrier géographiquement: c'était une école privée en vivant chez papa/maman ou une école publique en ayant la contrainte possible de quitter le nid familial, mais certainement pas une école privée loin du domicile parental. Si j'étais née, il y a 18 ans, je n'aurai jamais pu faire une école privée vu la flambée des prix.

 

argent

La formation des kinésithérapeutes est donc fortement assuré par des tiers privés, une faible partie soutenue par le public.

 

* Tout ça pour ça?

Vous en voulez de l'injustice? Je vais vous en donner.

Dans tous les lieux de stage, il y a un restaurant ou un self pour le personnel. Les étudiants kiné n'ont pas toujours le droit d'y accéder, devant se contenter de la cafétéria du hall de l'hopital et accessible à tout public (quand il y en a une) pratiquant généralement des prix prohibitifs. Quand parfois, les étudiants ont accès au self de l'hopital, ils payent le prix invité soit le prix le plus fort...les kinés sont des nantis en fait! Ou plutôt, seul un étudiant avec des parents en très bonne santé financière peut faire de telles études.

Mais pourtant, les étudiants perçoivent des indemnités en stage à présent...couvrant à peine une carte orange...pardon l'abonnement mensuel Navigo...no comment!

 

Je vais même vous donner pire, à faire dresser les cheveux sur la tête du premier hygiéniste qui passe.

Biohazard

Les étudiants en kinésithérapie vont en stage avec leur propre blouse personnel. Normalement, les règles d'hygiène disent un jour=une tenue...mouahahaha! Bien souvent, la blouse fait toute la semaine! Mon Dieu, quelle horreur! Mais les services hospitaliers ne lavent pas? Faudrait déjà que ce soient les services hospitaliers qui lavent la blouse des stagiaires. Dans les faits, ce sont les étudiants eux-même qui lavent leur blouse à la maison, ramenant ainsi des germes hospitaliers dans la sphère privée. Et ca c'est scandaleux et dangereux!

 

 

*Et au final?

Cette réingénierie est injuste. Les syndicats prônant l'unité vont à présent s'écharper, certains vantant une réussite, les autres criant au vol, que si c'était eux, ça ne se serait pas passé comme ça...BLABLABLA!

Entre le fiasco de l'Ordre, la berezina de la fausse masterisation du diplôme, j'ai mal à ma kiné...

Je suis furieuse! Les baisés, comptez-vous...1...2...3.................... T'avais raison Mains d'Or, la kinésithérapie est presque morte.

 

" Il y a deux façons d'enc*ler les mouches: avec ou sans leur consentement." Boris Vian.