Je ne suis pas une fan de notre Johnny national, mais il faut que je lui concède que certaines chansons me plaisent énormément et que c'est une bête de scène (même si il a aussi été très bête quand il jouait avec une hache sur scène dans sa jeunesse, mais je m'égare).

La réanimation, ce sont des patients dits "lourds". Parfois au sens propre comme au sens figuré, mais toujours en relation avec leur état de santé. Je me rappelle d'une phrase d'un chef de clinique qui disait qu'une fois arrivé en réa, on était déjà mort une fois. Si l'on n'avait pas ces services partout en France, il y aurait une flopée de morts chaque jour. Et c'est ce qui fait que l'on se bat pour chaque patient qui entre. Il a réussi à atteindre la réa, il y a encore un espoir, très mince mais il est là.

Dans une réanimation, les portes sont souvent ouvertes, les chambres sont pourvues de fenêtres. Ce sont de vrais bocaux façon aquarium. Dans une réa, on va trouver des rideaux occultants, dans une autre des stores et si le rideau est déchiré ou le store coincé, on va poser un paravent plus ou moins efficace. Le personnel soignant tente toujours d'équilibrer entre surveillance constante et respect de l'intimité, l'exercice est très difficile, la vie ne tient qu'à quelques fils de perfs ou de scope.

Mais ce qui fait une réanimation, c'est le bruit constant. Dans une étude, le bruit était considéré par les patients, et dans une moindre mesure par les soignants, comme intrusifs, pesants, stressants. Il y a les bruits dans la chambre: les pousse-seringues, le ventilateur, le scope, la machine à nutrition. Et il y a les bruits des autres chambres au loin, le bruit que font les soignants en tapant sur l'ordinateur, en parlant entre eux, les portes d'accès qui claquent, les chariots qui roulent.

Et puis cette surveillance toutes les 2 ou 4 ou 6 heures... mais généralement, c'est toutes les 2 heures.

Je décrivait la réa au début de ce blog comme une fourmilière, il y a plus de personnel que de patients (et ce n'est pas par fainéantise, bien au contraire, tellement il y a de choses à faire). Et quand j'ai commencé, j'ai souffert pendant plus d'un mois d'hallucinations auditives dans mon sommeil. J'entendais les alarmes de scope ou de ventilateurs. Même encore maintenant, je peux me rappeler ces sons. Et quand il y a 3 mois, je suis passé dire bonjour à mes collègues de réa, j'ai entendu ces sons à nouveau j'ai pensé "Je suis chez moi".

Mais pour un patient qui arrive pour la première fois en réa, le choc peut être brutal. Si l'on y rajoute des médicaments "intenses" cela peut même donner des situations cocasses.

 

 

 

Elle est jeune, elle a une pathologie rénale si grave qu'elle a reçu un texto lui demandant de se présenter rapidement à son hôpital de référence. Elle va enfin pouvoir filtrer, elle va recevoir un nouveau rein. Elle l'a attendu plus ou moins longtemps, avec cette épée de Damoclès au dessus de sa tête. Et même si elle va avoir un nouveau rein, rien n'est joué, les HLA sont farceurs parfois et le corps peut rejeter en masse ce qu'on lui offre comme seconde chance.

Mais elle va bien, elle semble ne pas rejeter le greffon. Elle est en isolement, il faut fermer la porte, mettre une casaque, un masque, des gants pour la protéger pendant nos soins. Et elle est là...

-"Ma fille est venue hier soir."

-"Ah mais c'est super, ça a du vous faire plaisir"

-"Oui, elle était en feu."

-"Comment ça?"

-"Ben il y avait des flammes tout autour d'elle. D'ailleurs, j'ai vu des flammes sortir des prises de courant, faudra dire aux infirmières de faire attention de ne pas se brûler."

Je suis restée sans voix, elle me décrit une belle hallucination comme si c'était normal. Je ne suis pas une fan des patients "psy", ce n'est pas un jugement de valeur, c'est juste que j'ai peur en intervenant d'aggraver les choses. Je ne sais pas comment faire. Mais là, en chambre d'isolement, tout en faisant sa séance de kiné, je me sens dépourvue.

-"Est-ce que votre fille, en étant entourée de flammes, se plaignait? Elle avait mal?"

-"Ah non! Elle me parlait tout comme vous! D'ailleurs, vous aussi, vous avez des flammes autour de vous!"

-"Si j'avais des flammes autour de moi, vous ne pensez pas que j'aurais mal et que je crierais?"

-"Ah mais c'est vrai..."

Après un silence, elle a repris.

-" Pourtant ce matin, pendant les toilettes, j'ai bien entendu quelqu'un dire qu'il y avait le feu!"

 

Je termine ma séance en me disant que la première chose à faire est de prévenir l'IDE et l'interne qu'elle a un risque de surdosage de je-sais-plus-quoi-qui-donne-des-hallucinations-dont-je-me-souviens-plus-le-nom. Première chose que je fais en tombant sur l'infirmière de la patiente.

-"Hein? Elle a vu des flammes? Et ça l'a pas inquiété?"

-"Non mais je pense que ce sont des hallucinations."

-"AAAAAh je comprends!!!"

-"Oui mais moi toujours pas!"

-"OK, elle est surdosée mais tous les matins, on fait la toilette de Mr. Endormi, c'est un fan de johnny, sa femme nous a amené ses CD et on lui fait sa toilette sur "Allumer le feu"".

 

Allumer le feu- Johnny Halliday

 

Ceci explique cela...