10 avril 2012

Nos mains

Cette chanson, comme tant d'autres, a réveillé des échos en moi. Pourquoi? Parce que c'est par la main que passent nos soins, par la main passe la communication non verbale, par la main nous touchons la personne et parfois même dans son intimité...parce que les mains représentent 1/3 de notre aire motrice et sensitive. Et il a fallu d'un auteur-compositeur-interprète étranger à notre art pour mettre des mots sur ce que nous sommes et ce que nous ressentons par nos mains...Chapeau bas!

 

Sur une arme, les doigts noués.
Pour agresser, serrer les poings
Mais nos paumes sont pour aimer.
Y'a pas de caresse en fermant les mains.


Longues, jointes en une prière,
Bien ouvertes pour acclamer,
Dans un point les choses à soustraire.
On ne peux rien tendre les doigts pliés.


Quand on ouvre nos mains,
Suffit de rien, dix fois rien,
Suffit d'une ou deux secondes,
A peine un geste, un autre monde
Quand on ouvre nos mains.


Mécanique simple et facile :
Des veines et dix métacarpiens,
Des phalanges aux tendons dociles
Et tu relâches ou bien tu retiens.


Et des ongles faits pour griffer
Poussent au bout du mauvais côté,
Celui qui menace ou désigne.
De l'autre, on livre nos vies dans les lignes.


Quand on ouvre nos mains,
Suffit de rien, dix fois rien,
Suffit d'une ou deux secondes,
A peine un geste, un autre monde,
Quand on ouvre nos mains.


Un simple geste d'humain,
Quand se desserrent ainsi nos poings,
Quand s'écartent nos phalanges,
Sans méfiance une arme d'échange
Des champs de bataille en jardin.
Le courage du signe indien,
Un cadeau d'hier à demain,
Rien qu'un instant d'innocence,
Un geste de reconnaissance,
Quand on ouvre comme un écrin,
Quand on ouvre nos mains...

 


Nos mains Live

 

Merci Monsieur Jean-Jacques Goldman ("Homme en or")

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06 avril 2012

Je suis une femme et une kiné, pas une salope

J'ai eu du mal à trouver un titre à cet article. Je ne suis pas fière de celui-là, alors si vous en avez d'autres, devenez ma muse. L'effort demandé est trop grand pour moi. Leya, ma consoeur, m'a fait découvrir cette affiche, et elle même a analysé ce qui la dérange ICI.

 

kine

 

 

Cette affiche me dérange au plus haut point et sur bien des aspects. Il m'a fallu du temps pour écrire cet article, laisser retomber la pression et la colère pour analyser ce qui chez moi déclenche ce courroux et cet ire digne de nos ancêtres. J'avais effleuré le fait d'être une femme et une kiné ICI.

 

Je reprends chaque élément de l'affiche et j'essaye de voir en quoi il s'articule, c'est l'étape finale et souvent oublié du "brain storming" en éducation thérapeutique:

 

1 - Des éléments de dessin:

  • Une jeune femme, le regard songeur en gros
  • plusieurs "actes" sur une table de rééducation
  • Un homme en slip avec les petits traits d'exclamation
  • une femme en nuisette rouge, avec les attributs d'un diable (queue fourchue et trident, on devine même des petite cornes)

 

2 - Des éléments informatifs:

  • "Plus tard, je voudrais être kiné pour manipuler les hommes" avec un renforcement visuel sur le terme kiné entouré de rose, et le terme manipuler ligné en rose.
  • "Êtes-vous sûr du métier que vous allez choisir?"

 

La jeune femme au regard songeur:

Pas de problème, rien à dire au contraire. Pour faire ce métier, j'ai besoin d'une part de rêve, celui de m'épanouir personnellement. De ne pas faire ce métier par défaut mais par choix, par passion, par envie.

 

Les petits dessins:

Déjà, je suis moins fan mais ce qui m'a sauté au visage (c'est le cas de le dire) c'est qu'ils n'ont pas de visage. Ce sont des anonymes pourrait-on dire en première lecture. Moi, je vais pousser le bouchon plus loin en parlant de chosification. Le visage, c'est la personne. Enlever lui le visage, vous n'en faites qu'un tas de chair. Dans le roman de Patricia Cornwel "Piège en eaux troubles", un groupe terroriste s'empare d'une centrale nucléaire avec des otages. Ces otages sont parqués dans un coin et surtout, leurs visages sont recouverts par un sac de toile pourvu de deux trous pour voir et c'est tout. C'est une dépersonnalisation, pire une chosification. Pourquoi? Parce qu'il est plus facile de détruire un objet que de tuer une personne.

La seconde image m'interpelle: cela ne m'évoque pas un soin kiné mais un soin d'ostéopathe ou de chiropracteur.

La petite diablesse en nuisette rouge: Qu'est-ce qu'elle vient foutre là? On dirait un fantasme de mec qui ne conçoit la sexualité qu'à travers les films pornos actuels! En gros, une "salope" dans son terme le plus grossier et vulgaire.

Le type en slip: Le beau brun baraqué dans son "moule-burnes", les plaquettes de chocolat en évidence. L'auteur aurait-il fait son propre portrait ou son portrait idéal?

Tous les patients sont sveltes et jeunes mais malades, à poil ou en blouse d'hopital, tous les "kinés" sont jeunes, sveltes et en tenue (bon là, je ne peux qu'aquiescer).

 

 

Le texte le plus gros:

Bon là, je vais sortir l'artillerie lourde. Le texte sert ici de décodeur des dessins. Mais b*rdel de m*rde à c*n de chiottes (oui c'est pas beau et grossier toussa toussa), pourquoi du rose??? Je vais jouer ma féministe enragée mais dès que cela concerne un tant soit peu les femmes, on nous colle du rose. Mais par pitié, arrêtez ce cliché! Je veux en tant que femme ne pas être cantonnée à cette couleur. Elle me sort tellement par les yeux que j'ai banni le rose de ma garde-robe et de mon intérieur à cause de ce matraquage incessant de "le rose c'est pour les filles!".

 

Avec ce beurk de rose, cette image associe les mots "kiné" et "manipuler". Et dans le terme manipuler, j'y vois deux possibilités:

Manipuler un objet, un corps. Le patient est réduit à sa pathologie, à son corps de malade (j'ai horreur de ce mot, croyez-le). Il n'existe plus en tant que personne, renforcé par le fait que les "patients" de l'image n'ont pas de visage...

Manipuler une personne sur le plan psychique: je vois l'ombre d'un pervers narcissique, d'une domination du "praticien" sur le "malade", un asservissement, une chosification...tiens encore? L'effet est donc renforcé entre le texte et l'image.

 

La suite nous précise alors qu'il s'agit de manipuler les HOMMES...Quoi? C'est là où ma fibre humaniste résonne plus fort encore et me fait bondir. (je dois faire une pause ici pour reprendre mon calme et l'écriture de cet article). Je ne suis pas fan du "Girl Power". Certes, je suis une femme et satisfaite d'en être une. Mais au nom de quoi "manipuler les hommes"? Au sens large, ce serait manipuler les êtres humains, stricto sensus, ce serait manipuler la gent masculine? Ma dernière affirmation est alors renforcée par l'image de la petite diablesse en nuisette rouge...La salope manipule les hommes, les kinés manipulent des corps, les kinés sont des salopes, ou à l'inverse les salopes ont un métier idéal dans la kiné...Là, j'ai franchement envie de gerber. tout mon être se révolte. Je bondis sur place, j'ai réagi vivement sur twitter, crachant mon dégoût de cette image.

 

Mais...car il y a un mais...il manque la dernière phrase: celle en tout petit qui flèche vers le site l'étudiant.fr. "Êtes-vous sûr (sic) du métier que vous allez choisir?" Une toubib de médecine générale a eu assez de recul pour me dire que ce n'était que des a priori dessinés et que cette phrase incitait à aller au delà de l'image en allant sur le site pour obtenir des renseignements objectifs sur le métier de kiné.

C'est là que je vois mon insuffisance. Elle a été critique, les cours et TD de Lecture Critique d'Articles ou LCA ont développé son sens critique au delà de ce que moi j'ai vu et analysé. Mais peu de gens ont ce sens critique, très peu. Il y a trop d'informations dans cette affiche allant dans le sens de l'apriori avec une toute petite balance vers le contraire. Elle, elle l'a vu mais moi, je ne l'ai pas vu. Et combien parmi nous l'ont-il vu?

 

Je regarde souvent des blogs comme "Vie de Meuf", j'ai été victime d'agressions sexuelles physique et/ou verbale, en tant que femme ou en tant que kiné. Parfois même les deux ensemble, parce que j'étais une femme kiné. Au moment où Leya m'a montré cette affiche, j'étais en train de lire un poignant livre qui a réveillé des échos en moi "Viol et renaissance. Comment faire d'un traumatisme une oeuvre humaine?" de Véronique Cormon.

En 1999, 8% des femmes ont subi au moins un viol ou une tentative de viol et 11,4% des femmes ont été victimes d'au moins une agression sexuelle au cours de leur vie. Ce sont les chiffres officiels, des actes qui ont donné lieu à une plainte ou un flagrant délit. Ils ne prennent pas en compte la prescription des faits, ni celles qui ont tu ce qui leur est arrivé. La violence envers les femmes est partout et à tout niveau. La femme ne peut être que mère ou salope. La jupe est devenu le signe pour ces mâles une invitation à se faire traiter de salope, de cochonnes qui en veulent.

Et je vois cela, attaché par cette affiche, à mon métier...Je n'ai qu'un regret dans cette analyse, c'est de ne pas avoir trouvé l'article décrivant mon métier en ayant cliqué sur cette image. Mon analyse est donc tronquée et peut-être (je dis bien "peut-être" mais pas "sûrement" attention!) ce métier est décrit de manière objective.

 

Réfléchissez de votre coté, moi je ne peux plus.

 

Je n'en peux plus de cette violence et de la discrimination quotidienne dans la rue, dans les films, dans le travail, dans la publicité envers et contre les femmes...partout.

 

 

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02 avril 2012

Le serment d'Hypocrite

Ce détournement vient du serment d'Hypocrate que je vous livre ici:


"Je jure par Apollon médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, et je les prends à témoin que, dans la mesure de mes forces et de mes connaissances, je respecterai le serment et l'engagement écrit suivant :

Mon Maître en médecine, je le mettrai au même rang que mes parents. Je partagerai mon avoir avec lui, et s'il le faut je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s'ils veulent étudier la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autre parties de l'enseignement à mes enfants, à ceux de mon Maître, aux élèves inscrits et ayant prêtés serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible. Jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir. Je ne remettrai pas d'ovules abortifs aux femmes.

Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans la pureté et le respect des lois Je ne taillerai pas les calculeux, mais laisserai cette opération aux praticiens qui s'en occupent. Dans toute maison où je serai appelé, je n'entrerai que pour le bien des malades. Je m'interdirai d'être volontairement une cause de tort ou de corruption, ainsi que tout entreprise voluptueuse à l'égard des femmes ou des hommes, libres ou esclaves. Tout ce que je verrai ou entendrai autour de moi, dans l'exercice de mon art ou hors de mon ministère, et qui ne devra pas être divulgué, je le tairai et le considérerai comme un secret.

Si je respecte mon serment sans jamais l'enfreindre, puissè-je jouir de la vie et de ma profession, et être honoré à jamais parmi les hommes. Mais si je viole et deviens parjure, qu'un sort contraire m'arrive! "

 

C'est ce serment qui a donné le serment médical actuel que voici:

 

Au moment d'être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.

Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j'y manque.


Et bien je vais vous livrer plusieurs anecdotes qui me sont personnellement arrivés, bien que je sois un professionnel de santé (même si je ne suis pas médecin).

Les belles histoires commencent toujours par "il était une fois". La mienne commence par un "Arrêtez de vous foutre de ma gueule!". Oui, je suis très en colère après le corps médical. Je suis furieuse mais je vous laisse juge. Et avant de me jeter la première pierre et de me lapider, chers docteurs, lisez ce post jusqu'au bout et faites-vous même votre opinion.


Je vous avais raconté une première histoire dans l'article "je ne sais pas". Relisez-le mais sachez que j'ai enlevé les remarques acerbes que j'ai reçu concernant le problème du nombre de ponction lombaire différentes d'un service à l'autre ("non, vous n'avez eu qu'une PL."" Non, j'en ai eu deux, regardez mon dos y'a deux impacts!""Oui, mais moi je n'ai trace que d'un seul examen"), de différence de diagnostic ( aux urgences c'est une méningite lymphocytaire, pour le service de médecine général "Mais non c'est de la migraine, on vous a dis des conneries"-sic.), la prise en charge initiale aux urgences ("regardez moi quand je vous parle et articulez pour me répondre!" a aboyé la première toubib. Oui, sauf que photophobie+Nausée/Vomissement+acouphobie, c'est difficile avec un plafonnier dans la tronche!).

 

J'ai eu droit à un médecin généraliste qui, au moment de prendre ses vacances, m'a dit malgré mes symptômes douloureux intenses:

"Poursuis ton traitement, je t'arrête 3 semaines cette fois. Mais je pense que c'est dans ta tête."

J'ai alors pris la décision de changer de médecin traitant. Actuellement, je lui prépare une jolie lettre lui expliquant gentiment que sa pitié à mon égard me faisait pitié. Parce qu'on n'abandonne pas un patient en lui disant que c'est dans la tête avec seulement une NFS et une électrophorèse des protéines. Parce que je ne suis ni folle ni timbrée. Parce que mon HLA B27 c'est pas dans ma tête! Je vais même participer à sa formation continue car je lui ai imprimé plein d'articles scientifiques et d'analyses, il va falloir qu'il se remette au LCA. Par contre, je le traiterai comme je l'ai fait avec cette neurologue qui a confondu migraine et syndrome post ponction lombaire (où j'étais à deux d'engager le tronc cérébral et de crever toute seule dans un coin!):

"La blouse blanche n'est pas l'apanage de la science infuse et le serment d'hypocrate que vous avez prêté ne doit devenir en aucune façon un serment d'hpocrite"

Oui j'ai osé l'écrire! Et je le revendique! Avec Lettre Recommandé AR en plus!

 

Rendez-vous chez la rhumatologue, adressée par la toubib de médecine interne. Un bonjour tout en suspicion, mon mari est là. Elle me dit "Je suis rhumatologue et je fais des diagnostics de rhumatologie" pour enchaîner 30 secondes après "Je vois surtout que vous êtes déprimée". Ben oui, parce qu'avec une cure de 10 jours de cortisone, j'ai du dormir 3 heures par nuit et là j'ai le contre-coup. Mais moi, je n'appelle pas cela un diagnostic rhumatologique mais un diagnostic psychiatrique.Mais cela, je n'ai pas pu lui dire, je ne pouvais pas en placer une. Elle m'a fait un examen clinique en ne me faisant même pas enlever mes chaussures. J'avais un gros pull sur moi vu ma frilosité accentuée et les températures de février. Chapeau bas, elle est douée, elle connaît l'anatomie du tee-shirt/pull over mieux que moi! Mon mari a senti la tension et a essayé de ramener la discussion par des éléments objectifs...peine perdue, elle l'a envoyé bouler!

J'ai eu son compte-rendu de consultation grace à mon médecin traitant. Ils s'étaient trompé en recopiant mon adresse. La plupart des informations étaient fausses: le plus gros étant que j'aurais été licenciée, alors que je suis toujours dans les effectifs mais en simple congé maladie et non en maladie longue durée.

 

Visite chez un expert sur Paris, pour ma reconnaissance en Maladie longue durée. De peur d'être en retard, nous avons 1 heure d'avance. Il fait très froid dehors, et le vent n'arrange rien. Je suis glacée jusqu'aux os. Tant pis, nous sonnons. Résultat: nous nous faisons engueulés comme des mal propres. "Mais c'est trop tôt" dit-elle d'une voix sèche et cassante.  "Comme on vient de loin, on a pris de la marge, on ne voulait pas arriver en retard mais là il fait trop froid dehors. On voudrait juste attendre dans la salle d'attente""J'ai des patients avant vous." "Et bien ils passeront avant nous." Nous nous sommes fait tout petit pendant une heure. L'heure de l'expertise arrive. Elle a l'air un peu moins énervé. Elle a déjà lu les CR que j'ai adressé à la commission médicale. Son commentaire "Mais qu'est-ce qui vous empêche de travailler?" . Rhoo trois fois rien, je suis sous morphine, je me traîne pour me laver tous les jours, je fais une dépression à cause de c*nnards comme vous. Pfff, j'aurais du le dire. Mais non, j'ai fermé ma grande bouche.

 

 

Je suis hospitalisée 3 jours pour bilan. A ma sortie, les rhumatologues diagnostiquent une spondylarthropathie (le fameux HLA B27!) avec une fibromyalgie. Je ne parle même pas des critiques formulées concernant le traitement de ma généraliste qui a été la seule à chercher à me soulager! Ils me préconisent le suivi par un médecin d'un centre anti-douleur spécialisée dans la fibromyalgie, je dois appeler pour le rendez-vous et eux vont envoyer le compte rendu d'hospitalisation et les résultats d'examen à ce fameux docteur. J'appelle le secrétariat et tombe sur le Cerbère! "Vous avez une lettre?" "Euh, non. On m'a donné les coordonnées à la fin de mon hospitalisation et je devais prendre le rendez-vous et eux ils envoient au Dr X le compte-rendu d'hospitalisation" "Non, il me faut une lettre, que je donnerai au Dr X et c'est elle qui décidera si elle daigne vous donner un rendez-vous!"

SI ELLE DAIGNE!

Alors oui, chers hypocrites, j'ai une dent contre vous. Le seul médecin qui a le droit de me toucher c'est ma généraliste, qui écoute, qui m'explique, qui argumente avec moi. C'est elle qui m'a convaincue de prendre du durogésic, puis des anti-dépresseurs puis du rivotril! C'est elle qui essaye!

 

Alors oui, ce syndrome fibromyalgique, je n'y crois pas et je n'y croirais pas tant que le diagnostic de maladie de Lyme n'aura pas été écarté avec un test aux antibiotiques. Je suis devenu incollable là dessus et ce n'est pas sur doctissimo que je me renseigne mais sur le pubmed et autres. Alors oui, chers marabouteux, si vous voulez me jeter la pierre, allez-y mais regardez honnêtement votre pratique: n'avez-vous jamais pensé "il me fait chier celui-là", ou "faut toujours qu'il exagère". Ne vous êtes-vous jamais trompé? N'avez-vous pas eu un jour un doute?

 

Si vous vous reconnaissez dans ces portraits, j'ai de la pitié pour vous et de l'inquiétude pour vos patients.

 

Si vous avez lâché la pierre que vous teniez en main au début de cette lecture, alors je vous dis bravo.

 

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28 mars 2012

Absence

Pendant mon absence, les commentaires seront modérés (mais est-ce bien nécessaire car mes lecteurs-commentateurs sont sages comme des images?).

Oui, je part quelques jours dans un endroit où le Wi-fi est inaccessible, où je vais ne rien faire (plus de cuisine, ni de semblant de ménage) et surtout je ne pourrais semble-t-il pas poster. Alors à vous de trouver où je pars (il y en a qui savent déjà alors chut!):

  • Réponse A: en retraite anticipée
  • Réponse B: en Amazonie
  • Réponse C: en hospitalisation (la camisole est fournie)
  • Réponse D: sur Tatoine, faire un break chez Obi Wan Kenobi

Bref, j’ai pris de quoi écrire et à mon retour, j’aurais plein de billets à vous faire partager. A très vite.

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27 mars 2012

Etre une kiné

Cette image est une peu vieille, je l'admet. Elle date de la campagne de promotion du métier de masseur-kinésithérapeute de 2009 par l'ordre national des masseurs kinésithérapeutes..

 

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A l'époque, de nombreuses consoeurs (des confrères également) et moi même étions écoeurées par le double message qui pouvait être véhiculé. Cette campagne a même gagné la même année le premier prix dans la catégorie "violences et prostitution" décerné par les chiennes de garde.

 

Il est une chose fréquente lorsque l'on rencontre de nouvelles personnes, notamment dans le cadre amical, de demander quel est le métier qu'exerce l'interlocuteur ou le voisin de table. Au départ, fière de l'obtention de mon nouveau diplôme, je sortais la grande tirade:

-"Je suis Masseur-Kinésithérapeute en libéral"

...Si l'interlocuteur était un homme, plutôt sûr de lui et de son charme de surcroît, il se penchait, ses yeux me détaillant de haut en bas, sa lèvre supérieure se soulevant discrètement et de manière un peu vulgaire et déclarait sur un ton lubrique:

-"Ah bon? Tu fais des massages alors?"

...Si c'était un gars ou une fille, pas trop timide, j'avais droit à:

-"J'ai mal là! Tu pourrais faire quelque chose?"

Le summum étant mon propre père qui après avoir charrié deux stères de bois me demandait:

-"C'est quel muscle celui-là?"

Dans le premier cas, un seul coup d'oeil suffisait à remettre l'odieux personnage à sa place doublé d'un "Tu me prends pour qui?".

Le second cas, je prenais mon air machiavélique et tout en désignant le cou, je sussurait "Faut amputer!"

Pour mon cher papa, je disais gentiment que "Savoir le nom des muscles n'a jamais calmé la douleur, en l'occurence le long supinateur, mais viens là je vais te dénouer tout ça au lieu de tourner autour du pot."

 

J'ai eu la chance de commencer mon exercice assez jeune (21 ans), en étant célibataire et en ayant l'air d'un gamine d'à peine 18 ans...J'ai eu du mal à acquérir de la crédibilité auprès des patients. Au bout de deux mois, j'ai pris une autre coupe de cheveux pour me vieillir et je me suis inventée un mari pour me faire appeler "Madame". J'ai gagné en crédibilité et mon agenda s'est rempli beaucoup plus vite.

 

J'ai commencé en collaboration avec celui qui m'a donné envie de faire ce métier. Oui, adolescente, du fait de ma scoliose, je l'ai vu travailler et je me suis dit "C'est ça que je veux faire plus tard". Et heureusement que j'ai commencé à travailler avec lui, car un jour, un patient a voulu faire passer une main au panier pour de l'inadvertance. J'en ai soufflé deux mots à mon collègue qui l'a retourné de manière subtile et efficace. Je n'ai plus eu de problème par la suite.

 

Et oui, nous sommes en 2011 et les choses n'ont pas changé. J'aurais du écrire ce billet pour le 8 mars "Jour de la défense des droits de la femme" et puis non, car c'est tous les jours qu'il faut défendre ces droits.

 

Maintenant, si dans une soirée, un individu au regard lubrique me demande ce que je fait, je lui réponds toujours ainsi:

 

-"Moi? Thanatopracteur"

 

 

 

 

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25 mars 2012

A H1N1: touché, coulé

Tout et n'importe quoi a été raconté sur cette épidémie de grippe, celle que l'on nous donnait pire que la grippe espagnole d'après guerre et que la plupart ont qualifié a posteriori de "gripette".

J'ai vu les cas les plus graves, ceux que vous avez peut être vu à la télévision, lors de ces reportages chocs de média qui n'ont décidément rien compris.

C'était une femme jeune, elle a développé son infection grippale tout en accouchant. Ses poumons ont lâché et sitôt bébé sorti, elle a été IVS (Intubée, Ventilée,Sédatée) et dirigée dans notre réanimation qui faisait centre de référence. Ses poumons étaient tellement agressés que la mise en place d'une ECMO* a été rapidement effectuée. Pendant plus d'un mois...Chaque change, chaque changement de drap faisait vibrer l'interphone des galeries. "Besoin de bras en unité 6". On ne se posait plus la question, on savait ce à quoi il en retournait. Elle était là, suspendue entre la vie et la mort, reliée à cette machine, qui alimentait toutes nos peurs**.

 

ecmo

Ce n'est pas la patiente que je vous décrit, mais une photo tiré du site reamartigues.hautetfort.com.

 

Et puis, un jour, le sevrage d'ECMO a pu se faire. Nous, les kinés, avons commencé notre travail de sevrage ventilatoire et de rééducation fonctionnelle car après un mois de curare, la complication de neuro-myopathie de réanimation était inévitable. Les médecins lui avaient sauvé la vie. A nous, kinés, de lui rendre sa vie sociale: s'assoir, se mettre debout plus ou moins longtemps, marcher avec puis sans aide, avec puis sans ventilateur. un travail de longue haleine, douloureux parfois mais la patiente était une battante. reprendre le contrôle d'un corps devenu étrange et étranger car il ne réponds plus aux sollicitations intrinsèques. Elle voulait enfin rencontrer sa fille, son premier enfant...Elle avait un objectif et toute l'équipe médicale et paramédicale s'est défoncée pour elle, elle avait la niak!

Elle a rencontrée son enfant...il avait trois mois. Pour elle et son enfant, une séparation de trois mois, à ce moment là, c'est un gouffre mais la relation mère-enfant s'est créé d'une autre manière (grâce à une super psychologue aussi).

Ce n'était pas une "grippette", ni pour elle, ni pour nous. C'était notre premier cas de grippe H1N1.

 

C'était le premier mais pas le dernier. Au maximum de l'épidémie, 50% des patients étaient IVS pour H1N1 dont la moitié sous ECMO. J'ai vu le pire et je n'ai pas regretté de m'être fait vacciner et de faire vacciner ma fille de 4 ans.

J'ai vu une jeune femme développer un anasarque tellement important qu'elle était méconnaissable. Au fur et à mesure, ses parents réduisaient puis espacèrent leurs visites. Ce n'était plus leur fille, conforme à leur souvenir, c'était une douleur pour nous de voir leur visage quand ils rentraient dans sa chambre. Elle est partie un jour pour ailleurs, elle ne s'est jamais réveillée...

Non, ce n'étaient pas une "grippette". Une des secrétaires avait fait des recherches sur les hospitalisations pour cause de grippe sur les dix dernières années à la demande du chef de pôle. Entre la grippe saisonnière et la grippe A H1N1, le rapport sur 10 ans a été de 1 pour 26... H1N1 vainqueur par KO.

Lors d'un dîner entre amis, j'ai posé la question pour savoir qui était ou allait être vacciné, aucun ne le voulait, la polémique par média avait trop attirée la méfiance. J'étais la seule de la tablée a avoir fait la démarche et mon discours et les réponses à leurs questions n'ont pas changé leur point de vue. J'ai eu peur de les voir un jour arriver dans mon service.

Non, ce n'était pas une "grippette". Mais coté communication et média surtout, cela a été un beau fiasco.

 


*ECMO: ExtraCorporeal Membrane Oxygenation soit une oxygénation par membrane extra-corporelle

**Et nos peurs ont pris réalité mais cela sera dans un autre article

 

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Hospitalisation mode d'emploi: Que faut-il emporter?

Passé 30 ans et avec 2 gremlins à la maison, la nécessité de faire des listes s'est fait sentir. J'en ai plein: les courses, les départs en vacances en famille, les départs isolés des gremlins chez les grands-parents...Petites fiches cartonnées imprimées avec un carré devant chaque item pour les cocher.

Attention, le secret n'est pas de les cocher quand on le tient en main mais quand on le met dans le sac ou la valise suivant les circonstances (les carottes pour partir en vacances n'ont qu'un intérêt limité à côtoyer les petites culottes de madame et l'après-rasage de monsieur).

Aujourd'hui, je vais ajouter une nouvelle fiche à ma collection. Ou plutôt plusieurs. Mais je reprends la fiche intitulée "trousse de toilette", en l'allégeant un peu, pas la peine de faire le travail deux fois!

 

  • La trousse de toilette:

-Shampoing / Après Shampoing / Gel douche / Crème de corps / Déodorant / Coton tiges

-Brosse à dents / Dentifrice / Fil dentaire / Gouttière nocturne (appareil dentaire en général) / Polydent (pour désinfecter le dit- appareil)

-Brosse à cheveux / Élastiques ou Pinces

-Gants de toilette (1/jour) / Serviettes de toilette

-Tampons ou serviettes hygiéniques (pour mesdames uniquement)

Et surtout, surtout, surtout, ne jamais oublier:

-Les Boules Quiès ou autres dispositifs permettant de s'isoler et dormir quand bien même vous êtes en chambre double avec une petite dame de 80 ans qui a décidé de refaire la décoration de la chambre à 3 heures du matin en chantant à tue-tête du Francis Cabrel!

 

  • Les vêtements:

-Culottes / Soutien-Gorges / Chaussettes ou Caleçons / Chaussettes suivant votre troisième appendice en quantité suffisante et avec un sac en plastique pour le linge sale. Évitez mesdames les ensembles en dentelles et autre frou-frou, vous êtes là pour vous  soigner pas draguer les internes (de toute façon, il préfère draguer l'infirmière qui a 10 ans de moins que vous)

-Pyjama si c'est demandé mais plus on reste en pyjama plus on est malade alors habillez vous en tous les jours. Pas la robe du soir non plus, faut pas exagérer mais des vêtements amples légers (il fait souvent chaud dans les services) et qui ne craignent rien ou que vous ne craignez pas de voir sali par une goutte de sang ou un peu de Bétadine bien orange. Ou alors tentez le pyjama orangé-rouge, on ne verrez rien ou très peu.

-Tee-shirts ou chemises / Pantalon ample c'est parfait

-Chaussures de saison

-Chaussons mais attention, en bonne kiné, je vous déconseille les tongs, les chaussons type mules...la bonne vieille charentaise! Le chausson idéale parce qu'il ne se barre pas tout le temps et que vous avez moins de risque de vous casser la figure et prolonger votre séjour à l'hôpital. Un chausson avec un contre fort arrière que vous mettrez tout le temps!

 

pantoufles_charentaises_semelle-feutre-anti-derapant_1

 

-Un pull voire même un plaid: il fait chaud dans les services mais dans les sous-sols ou les couloirs, un courant d'air fraid vous rappellera que l'hiver est encore là.

 

  • Votre dossier médical

-Vos ordonnances

-Vos imageries: scanner, IRM, Radiographies, Échographie +/- Doppler etc, etc

-Vos analyse sanguines: Si vous en avez beaucoup, mettez-les par type puis ensuite par ordre chronologique, l'interne et le senior vous en remercieront silencieusement.

-Vos Traitements: Bah oui, ramenez votre traitement, juste au cas où, parce que la pharmacie de l'hôpital n'a pas forcément tout les médicaments et vous risquez de devoir envoyer quelqu'un à la maison pour vous les rapportez. L'infirmière mettra une étiquette sur le pochon ou votre pilulier. En aucun cas, un de vos médicaments ne servira pour un autre patient, et le trafic de médocs, ce n'est pas le truc du personnel soignant. Tenez vous le pour dit!

-Vos prothèses / orthèses

-Votre carnet de santé et/ou carnet de vaccination

 

  • Votre dossier administratif

-Votre carte d'identité ou votre carte de résident ou votre passeport

-Votre carte vitale et votre attestation

-Votre carte de mutuelle

 

  • De quoi vous divertir

-Soit vous prenez un forfait télé auprès du fournisseur qui va vous coûter un bras afin de regarder "une famille en or"ou "les feux de l'amour", soit vous décidez de faire un sevrage de télé. Essayez, vous verrez, cela ne vous tuera pas.

Que faire alors, entre deux examens, consultations, repas?

-Lire: un gros livre qui restera dans votre chambre et un livre de poche quand vous irez en examen et que vous devrez patienter pour l'IRM car le SAMU a amené une urgence qui passera avant vous (et c'est normal!!!) et les lunettes de presbytes passé 50 ans.

-Broder / Tricoter: ce sont de bonnes activités, qui se rangent vite et facilement et qui ne prennent pas trop de place.

Oublier la couture, la calligraphie japonaise, le bricolage et l'ébénisterie...le personnel hospitalier vous en sera reconnaissant.

-Jouer: avec les smartphones et autres palettes y'a de quoi s'amuser (pensez au chargeur!) mais attention, le vol dans les hôpitaux existe et il sera inutile de hurler après le personnel. Ils sont là pour sauver des vies, soigner et non surveiller vos petites affaires! C'est donc à vos risques et périls. Par contre, la console à un jeu qui existait il y a 20 ans et qui marche encore, vous pouvez!

Un ou deux magazines...pas Voici ni Gala quand même...soyons un peu sérieux! Ni Sciences&Vie, ni Burda, soyons légers aussi!

  • Les petits plus

-Votre paquet de gâteau préféré (sauf si vous êtes diabétique!) en respectant les consignes des infirmières concernant la mise à jeun!

-Une lampe de poche histoire de ne pas réveiller la voisine quand vous irez aux WC en allumant le plafonnier. C'est gentil pour elle. Ainsi que les piles correspondantes.

-Une radio avec les écouteurs (la voisine ...toussa, toussa) avec les piles correspondantes aussi!

N'emportez pas de bijoux, de choses auxquelles vous tenez particulièrement et qui ont de la valeur et sentimentale et financière! Le cadeau de fête des mères pour vous rappelez les gremlins sera parfait!

 

Juste une petite suggestion, c'est un séjour dans un hôpital et pas dans un hôtel donc n'envahissez pas votre chambre en refaisant toute la déco et en étalant tout un tas d'affaires. Vous êtes là pour vous en sortir guéri, pas pour y prendre racine. Et ne ramenez que ce qui concerne ce pour quoi vous êtes atteint, la radiologie des hanches pour dysplasie de hanche quand vous étiez bébé n'a aucun intérêt!

 

Mettez tout ceci sur votre lit et cochez chaque élément au moment de le mettre dans votre valise.

 

Bon séjour et pensez à vite revenir chez vous en bonne santé!

 

 

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23 mars 2012

Vis ma vie: de stagiaire kiné

6:00 Le réveil sonne. T'habites en banlieue parisienne ou loin de ton lieu de stage avec 4 changements de métro en passant par la ligne 13, Faut te lever grosse vache (oui, c'est mon surnom dans mon intimité à moi toute seule).

6:15 Douche, Brossage de dents. Rien ne sert de se maquiller, le mascara va couler sous les degrés de ton service et de ce que tu dois faire.

6:40 Manger sans avoir faim...au fur et à mesure des années, tu les convertis en tasses de café, de plus en plus serrés et de plus en plus gros pour tenir le coup.

6:50 Sans renverser le délicieux nectar, il faut check le sac avec les cours de la journée et la blouse et les chaussures que t'as pas le droit de laisser à l'hosto et que tu dois toi-même laver dans ton lave-linge (si tu en as un, à savoir habiter chez papa-maman). Et après cela, tu te remémores toutes les consignes que l'on te donnes par rapport à l'hygiène et aux infections nosocomiales...

7:00 Départ pour la gare, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, tu te tapes le trajet jusqu'à la gare. Les yeux bouffis de sommeil, tu fais ta correspondance pour le métro (surtout pas se planter). Au bout de 2 mois, tu connais le trajet par coeur mais c'est à ce moment là que ton lieu de stage change...et m*rde!

8:15 Arrivée à l'hopital, tu n'es toujours pas réveillée. Tu passes au relais H qui te propose, quelque soit l'établissement de santé, la même lavasse infecte que tu ingurgites en essayant de ne pas te brûler les doigts et encore moins la langue.

8:30 Tu arrives dans le service kiné et repères ou attends ton responsable kiné. Si tu as de la chance, tu vas t'éclater, apprendre des tas de trucs sinon, et notamment en période de congés annuels, tu récupères une liste de patient que tu dois faire absolument dans la matinée. Tu sais que tu remplaces alors que tu n'as pas le diplôme. Pas grave, tout le monde s'en fout, t'es stagiaire tu fais ce qu'on te dit si tu veux pas voir ton stage invalidé et ne jamais pouvoir le rattrapper (faut pas rêver c'est impossible vu les plannings).

9:00 Arrivée dans le service 1. Si t'as pas de chance tu dois lever tous les patients et les faire marcher...b*rdel, c'est quel module la marchothérapie? Et si t'es gentille et serviable, t'en profites même pour les faire monter sur la balance et les peser.

10:30 Toujours à marcher mais dans le service 2. Si tu as un creux car les toilettes sont pas finies, les patients ont un soin, y'a du mouillé (rayer la mention inutile) tu essayes de suivre un bout de la visite en te faisant la plus discrète possible, ce que tu n'arrives jamais à faire car le regard "Tekitoi" du chef de service te foudroie sur place.

11:30 Ton detrusor se rappelle à toi mais tu es au milieu du couloir avec mamie qui perd sa protection. Alors, d'une main, tu la soutiens et, de l'autre, tu empêches la protection de s'échouer au beau milieu devant les médecins. Tu sais que dès que tu lèves un patient, tu auras droit au relâchement sphinctérien avec les effluves associées. Et puis, va falloir la changer après, parce qu'à tenir la protection, tu l'as complètement déchirée et tu veux pas laisser ta patiente dans la merde au sens propre.

12:00 Fin théorique du stage.

12:30 Tu vas enfin pouvoir te changer, trouver un sandwich et une canette de soda.

13:15 Tu es changée, dans le métro à avaler ton sandwich (le même que d'habitude pour aller plus vite) dans les effluves pestilentielles que tu as déjà rencontrées toute la matinée.

13:30 Après avoir traversé la moitié de la région parisienne, tu te rends compte que tu dois à nouveau changer de godasses...au bout de trois mois, le talon se décolle, est usé et tu prends l'eau. Tu t'en rends compte au floc-floc après avoir marché dans une petite flaque (compter 3 paires de chaussures minimum par an en plus de celle que tu ne portes qu'à l'hosto rapport à l'hygiène toussa toussa).

13:31 Tu es en classe, le cours commence. Théorique, t'as les ischions rapidement en feu. Pratique, le prof de gymnastique médicale te fait faire les exercices avec un kilo aux quatre extrémités. Demain, tu refuseras la pause clope parce que tu auras tellement de courbatures que tu ne pourras pas descendre, fumer et remonter les escaliers en 15 minutes.

15:30 Pause clope/Café. Toujours une lavasse mais cette fois, c'est par une machine automatique.

15:40 Reprise ou changement de cours. Des fois, c'est 4 heures d'une même matière et à la fin, tu ne sais même plus comment tu t'appelles. Là, c'est jour de chance, c'est un autre module. Tu te tapes le 156ème drainage lymphatique manuelle. C'est long, c'est lent, c'est chiant, tu t'endors à moitié que ce soit du coté massant ou massé...à moins qu'il ne fasse 15 degrés dans la salle et tu mettras le restant de la journée à te réchauffer.

17:30 Pause Café/Clopes (là t'en grilles deux d'un coup, t'en peux plus mais y'a encore un cours et faut se réveiller/réchauffer  après le DLM.

19:30 Fin des cours. Enfin. Mais il y a le trajet retour et à cette heure, les bus sont plus espacés coté horaire. Evidemment, malgré ta précipitation, tu le vois s'éloigner au loin. T'as le choix: tu attends le suivant en te les pelant les arpions ou tu marches jusqu'à la gare ou la station de métro parce que tu mettras autant de temps qu'à attendre et au moins tu auras chaud (d'où l'usure des chaussures).

20:30 Arrivée à la maison. Manger et/ou se faire à manger puis révisions, encore et encore. rapport de stage à rédiger, cas clinique et recherche personnelle, les partiels ne sont jamais loins. Comme internet n'existe pas à l'époque, tu te ruines en bouquins médicaux.

01:00 Dodo. Demain faut recommencer!

 

Pendant 4 ans tu ne vois pas le jour.

Année 1: la prépa, tu refais ta terminale en accéléré et en mode hors de prix (oui j'ai sauté cette case là). Tu passes 36 concours en espérant décrocher le seul publique et pas celui à 6 000 euros/an. Raté!

Année 2: T'es rien. Tu étudies le corps sain. Tu es imbattable sur les muscles intrinsèques du pouce et les oreilles de Mickey (private joke inside). Par coeur on t'a dit, par coeur! Tu crains un escarre au niveau des points d'appui.

Entre année 2 et 3, tu as deux mois de vacances dont un en stage à temps complet. Tu passes l'autre à servir des cafés dans une gare SeuNeuCeuFeu. Bah oui, faut les payer les 6 000 euros/an et les livres médicaux qui coûtent un bras les 25 pages.

Année 3: Tu fais stage le matin et cours l'après midi. Au début, tu sais rien et puis les cours que tu as ne correspondent pas à tes stages actuels. Demerden Sizich! Pour la Toussaint et les vacances de printemps et de Pâques, tu es en vacances...de cours mais tu dois quand même aller en stage le matin.

Entre année 3 et 4, tu recommences: un mois en stage, un mois à travailler comme éboueur ou commis (comme moi).

Année 4: C'est la ligne droite...tout du moins, tu t'en persuades. T'as des MSP, des modules à finir de valider, ton mémoire (ok c'est pas une thèse de doc mais c'est difficile aussi). Toujours stage le matin et cours l'après midi. Faut terminer le programme. Bah oui, c'est un programme qui est prévu pour 4 ans à faire en 3 ans. Le jour où tu es présentable au diplôme, tu chiales nerveusement. Tu passes tes épreuves. T'as ton diplôme, t'as trouvé depuis deux ans une place d'assistant-collaborateur et tu commences dès le lendemain car le titulaire se casse en vacances dans 3 semaines.

Et tu te rends compte que tu ne sais rien, tu doutes de tout. Tu es en libéral et t'as fait que 30 heures en stage libéral mais tout le reste en hospitalier. En fait, t'as encore beaucoup de choses à apprendre

 

 

 

Les vacances? Bosse d'abord, on verra dans deux ans. Et puis, un kiné libéral pour gagner sa croûte (pas acheter une mustang hein!), il aime tellement les 35 heures qu'il les fait deux fois dans la semaine.

 

 

 

Au fait, à mon époque, les remplacements stages étaient rémunérés peanuts. Je dis ça mais je dis rien

 

 

Complainte de l'étudiant en masso-kinésithérapie d'il y a 15 ans.

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21 mars 2012

Quand on est malade...

Quand on est malade, le temps devient relatif: certaines périodes semblent très longues, mais d'autres semblent se réduire à peau de chagrin.

 

Je ne parle pas de la maladie type "rhume" ou "crève" qui vous cloue au lit pendant une semaine. Une simple parenthèse qui pourrit la vie pendant sept jours où le terme est connu par avance. Non, j'ai envie de vous parler de ma chronicité, quand les arrêts maladie s'enchainent, semaines après semaines, mois après mois.

 

Les infirmiers, pendant leurs études, font sans cesse référence au 14 besoins de Virginia Hendersen (ils en sont même traumatisés à vie). Ce sont les 14 besoins qui font qu'un patient reste en vie, que ce soit dans une dimension physiologique que dans une dimension sociale et culturelle.

C'est cette dernière dimension qui, à mon goût, fait que l'on reste un être humain. Je peux accomplir les gestes essentiels: me laver, respirer, m'habiller...ces dimensions essentielles se font non sans mal, sans douleur et perte d'énergie. Si jamais je n'y arrivais pas, je sais qu'une prescription de soins à domicile est possible. Quelqu'un viendrait me lever, me laver, m'habiller, me faire manger.

 

Qu'en est-il du reste? Il y a déjà les démarches administratives. Personne n'a envie de s'y coller, et lorsque comme moi, au bout de 3 mois d'arrêts de travail, le salaire se réduit de moitié, l'angoisse gagne. Comment faire pour ne pas être dans le rouge chez le banquier. Alors, on se rappelle qu'on a une assurance d'incapacité temporaire de travail concernant le prêt immobilier. Il faut contacter l'agence qui botte en touche auprès de l'assurance, qui renvoie à l'agence bancaire. Je regarde à présent les douze travaux d'Astérix avec un oeil neuf, surtout l'épisode de la maison qui rend fou. Parce qu'il va falloir renvoyer pièce sur pièce, certificat à la con sur certificat à la con, avec le sentiment pénible qu'ils cherchent la petite bête pour vous évincer et ne pas assumer la clause du contrat. Et quand enfin, l'assurance admet le fait et commence à jouer enfin (!) son rôle, au lieu des 6 mois de prise en charge, elle ne vous en envoie qu'un seul et vous réclame d'autres pièces, à réclamer auprès de l'assurance maladie, ou de votre employeur...Sauf que je ne rentre pas dans leurs cases, je ne suis ni salarié, ni libérale, je suis titulaire de la fonction publique. Mon statut dépend du droit public et non du droit privé. Alors, il faut se battre, écrire des lettres...le mieux étant en fait de hausser le ton et de les menacer de contacter la DGCCRF et/ou une association de défense des droits des consommateurs et de leur demander une expertise à domicile. A croire qu'il faut hurler pour être entendu, rester poli ne sert à rien. Et là, il n'y a personne pour vous aider...c'est moi qui ai pris la plume à chaque fois, quand j'avais un peu d'énergie...j'ai parfois été tenté de tout laisser tomber...

Il y a aussi, la demande de reconnaissance en congé longue maladie...La première m'a été refusée, j'avais trop peu d'éléments dans mon dossier médical à l'époque et surtout, je n'avais pas de diagnostic! Mon beau-père, ancien haut fonctionnaire, m'a expliqué que c'était pour dissuader les gens pas malades et les inciter à la reprise. J'aurais bien voulu reprendre mon boulot mais le médecin du travail a refusé tout de go et m'a incité à refaire une demande. Il faut encore faire de la paperasse...encore se battre. Pour au final, être convoquée pour une expertise médicale où le médecin vous demandes pourquoi vous ne pouvez pas retourner travailler...le chat de schrodinger se mord la queue.

 

Laissons à présent le coté paperasse de coté. Que reste-t-il?

Du temps...du temps à revendre, que l'on voudrait employer mais que la maladie vous interdit. Je reviens à Virginia Hendersen et ses 14 besoins. Il y en a un qui me concerne directement. Le droit de se divertir. Parce que penser tout le temps à la maladie, passer du temps en papiers-gloutons, poussent à la dépression. J'ai eu du mal à trouver un équilibre. Heureusement, internet est présent dans beaucoup de chaumières et j'y passe du temps. Que ce soit à mon bureau quand ca va bien ou sur mon portable voire mon téléphone portable, allongée sur le lit ou le canapé quand les douleurs sont trop importantes. A défaut d'occuper le corps, il faut s'occuper l'esprit.

Surfer sur internet pour y débusquer un diagnostic est une idiotie surtout si votre référence c'est doctissimo. Je n'ai rien contre la vulgarisation des savoirs, bien au contraire, mais là, il s'agit de débusquer le vrai de l'idiotie et de la crétinerie. Il faut fuir ces sites au plus vite. Mon métier étant un métier de santé, je suis allé sur des sites qui parlent de mon métier...en fait, qui parlent de techniques que je n'ai jamais abordées en cours et qui ne me serviront pas en réanimation. Alors, je dérive et passe sur des sites parlant de réanimation, quelque soit le métier initiale.

Lire de la santé quand on en manque, c'est pas le pied non plus. Je rêve parfois de la réanimation. De ce que j'y ai fais. Et cela me manque, c'est une blessure tout ces mois à la maison.

Alors, on s'occuppe l'esprit autrement. Lire des sites d'actualités, d'articles de société plus approfondis, de culture.

Et puis, c'est bon de pouvoir rire en dépit de la douleur, j'ai trouvé au fil de mes recherches des blogs de bande-dessinés, certain très connu, d'autres non...mais j'ai pu sourire, me divertir.

Et puis, je me suis rappelé cet abonnement à france loisirs, et j'ai "acheté" quelques bouquins contre les points que j'avais accumulés. J'ai aussi relu tous les livres que je possédais déjà. De la fantasy à l'héroic fantasy en passant par la science fiction*, le héros n'est pas malade, brave le monde et ses dangers malgré ses doutes et ses peurs. L'identification est facile et l'on oublie, le temps de quelques pages son amoindrissement. Je me suis identifiée au héros et cela m'a aidé dans les pires moments. Je me suis immergée dans ces mondes et ces coutumes, juste pour oublier le mien.

 

Anneau unique

 

Car en quoi consiste mon monde actuel? A être patiente et patiente. A attendre le bon vouloir de la médecine, des hôpitaux surchargés de travail et en manque chronique de personnel et de moyens. Ce temps à la maison est vide pendant la journée, en semaine: le mari travaille et rentre tard, les enfants sont à l'école. Il faut garder suffisamment d'énergie pour pouvoir le soir réchauffer au four un plat surgelé!

 

C'est aussi comme cela que ce blog a ouvert ses portes...je sais que vous me lisez...j'aimerais maintenant savoir ce que vous en pensez...Lâchez-vous dans les commentaires...j'ai besoin d'interagir avec le monde et ses habitants, de sentir que j'appartiens encore à ce monde, que je suis une professionnelle de santé qui fait juste une pause.

 


 

* "La belgariade", "Hyperion", "L'épée de vérité", "Dune", "Twilight", "Anita Blake", "Le magicien noir", "Le seigneur des anneaux"

 

 

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15 mars 2012

Un vieux Monsieur

C'était un vieux monsieur, toujours le bonjour au coin des lèvres, souriant avec le personnel, de l'ASH au chef de service. C'était un vieux monsieur qui adorait lire, qui connaissait des oeuvres classiques par coeur et nous les récitaient lorsque nous prenions 5 minutes pour nous asseoir et l'écouter. Ce vieux monsieur était bien triste car il ne pouvait plus lire, sa vue avait décliné brutalement et il ne percevait que l'ombre et la lumière.

Ce vieux monsieur a été jeune.

Ce vieux monsieur a été ce que l'on appelle un "Mandarin", un "Patron", reconnu par sa profession. Il était la gentillesse même et dès que ma charge de travail me le permettait, je m'asseyais pour discuter avec cet homme si humble, encore passionné par son ancien métier. J'ai eu droit à des cours particuliers avec lui. Sa conception du savoir était qu'il fallait le partager avec tout le monde. Sans cela, le savoir s'étiole et devient mort s'il ne circule pas et ne se transmet pas à la génération suivante.

Ce vieux monsieur me racontait plein d'anecdotes, d'un autre temps, d'une autre médecine...Celle où les scanners, les tep-scans et les IRM n'existaient qu'à l'état fondamental dans la tête des chercheurs. Celle où tous les sens sont mis à contribution. Celle où Babinski aurait eu la tête coincée dans un heaume d'armure, au hasard d'une visite.

Ce vieux monsieur était devenu "Mandarin", à l'insu de son plein gré, diront certains. Il ne le revendiquait pas comme un pouvoir mais comme une responsabilité de tous les instants.

Ce vieux monsieur m'a un jour transmis les deux principes qui lui tenaient à coeur:

 

  • "Le patient a toujours raison"

Au départ, cette idée m'a fait sursauté mais il a développé. Si le patient dit qu'il a mal, vous devez le croire. Qui êtes-vous pour nier sa douleur? C'est lui qui la ressent et non vous...Et c'est à nous (les médecins entendait-il) de trouver la cause de cette souffrance quelle qu'elle soit, en toute objectivité et sans parti pris aucun.

 

  • "Toujours déshabiller complètement le patient" *

Il prêchait une convaincue.... Il en avait fait une fois l'amère expérience, d'être passé à coté de quelque chose parce que, trop pressé par le temps, il n'avait pas complètement déshabillé le patient. Je suis sûre que si je le lui avais demandé, il aurait été capable de me ressortir le dossier complet du patient, antécédents familiaux compris.

 

Jusqu'au bout ce vieux monsieur aura enseigné. Il était mon patient. Le vieux monsieur est parti, un beau jour ou une belle nuit, je l'ignore, mais entouré par sa famille.

 

Cher Monsieur, merci de m'avoir transmis vos principes. Il n'y a pas un moment, lorsque j'enseigne à des futurs professionnels de santé, où je ne repense à vos précieux conseils. Et nos conversations à bâtons rompus parfois, mais d'une richesse toujours, sont de ces souvenirs que je me félicite de ne pas avoir oubliés.

 

 

Couché de Soleil eclipsé par la Lune 02

 

 


* "on laissera les sous-vêtements, sauf si l'examen clinique ou l'interrogatoire nous y amène"

 

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