Telle était la devise de mon père, ancien mécanicien avion, tourneur-fraiseur. Je l'ai entendu en long en large et en travers lorsque nous bricolions ensemble. Cette maxime là et bien d'autres encore qui me servent tous les jours, je me souviendrais toujours avoir reçu une soufflante lorsque j'ai mis un tournevis dans ma poche arrière manquant de m'emporter la moitié de la fesse droite en manquant une marche de l'escabeau.

Mes chers outils...

Mais quel rapport me direz-vous avec la kinésithérapie ou la médecine en général?

Je vais vous raconter une petite histoire qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à exercer en libéral sitôt mon diplôme en poche. Prenez place, asseyez-vous par terre en rond et faites silence, tata Biche va vous la narrer.

Il était une fois, une Biche, avec de grands yeux d'opale, 20 kilos en moins et 20 boutons d'acné en plus (quoique, ces derniers temps j'ai l'impression de revenir à l'adolescence mais je digresse, reprenons). Biche travaille avec celui qu'elle considère comme son mentor. Il est beaucoup plus âgé, a des kilomètres de massage dans les pattes, un plateau technique honorable même si défraîchi. Il connaît tous les médecins du coin: les généralistes, les pédiatres, les pneumologues, les chirurgiens orthopédistes... dont le Dr. R... chirurgien orthopédiste, de l'or dans les doigts quand il s'agit de poser une prothèse sur du sucre mouillé...Ils sont copains comme cochons, fument des cigares tous les deux, aiment le bon vin et la bonne chair et il n'est pas rare de les trouver au restaurant à table en train de se marrer comme des bossus.

Et moi je ne connais personne. Je n'ai pas osé me présenter, je n'ai pas osé les appeler ou faire une communication épistolaire... je me suis dit qu'ils entendraient parler de moi par mon travail. Alors je n'ai rien dit et j'ai travaillé. Autant vous dire que pour avoir des patients, j'ai un peu galéré au départ mais au bout d'un moment, j'étais aussi connu que mon collègue. Mais bon, je vous raconte presque la fin de mes années libéral là.

Et un jour, je me suis retrouvé face à ce docteur, ce grand chirurgien adulé par ses patients.

-"Ah c'est donc vous la nouvelle collaboratrice de Mains d'Or?!?"

Autant vous le dire tout de suite, moi la petite kiné toute fraiche sortie de l'école, j'étais à deux doigts de faire dans mon froc. Mon Dieu, un chirurgien me parlait! (bon maintenant, ça ne me fait plus rien ou presque)

-"C'est bien de vous mettre en libéral dès la sortie de l'école! Bienvenue!"

Bref, il a parlé. Je l'ai écouté. Il m'a regardé. Je l'ai regardé. Il a continué de parler. J'avais rien à dire alors j'ai rien dit. Bref, j'ai parlé à un chirurgien.

-"Mais vous allez vous acheter des appareils pour la rééducation des patients?"

Ah mais il me pose une question et va falloir que je lui réponde. Va me falloir trouver une réponse spirituelle, empreinte d'humour afin de démontrer la qualité de mes connections synaptiques, à la fois légère et inspirée...

-"euh..."

Oui, c'était ma réponse spirituelle...

-"Y'a 2 ou 3 appareils qui sont pas mal, Mains d'Or a du vous en parler."

-"Ah mais j'en ai déjà 3 absolument formidables!"

-"Ah mais super! Vous avez le c.... ou le v..... de chez Smith&Wesson?"

(non là je blague pour le fabricant)

-"J'ai une main droite, une main gauche et un cerveau pour relier le tout."

Un ange passe, moi je me fais toute petite d'avoir eu le culot de dire ça et je pense à la remontée de bretelles que va me servir mon collègue...

-" Hummm, bonne réponse. On va pouvoir travailler ensemble."

 

Tout ça pour quoi?

Avoir tous les appareils dernier cri n'aurait pas fait de moi une bonne kiné, juste une kiné qui aurait dépensé son fric pour moins toucher le patient. Je ne voulais pas devenir une salle de sport bis, je ne conçois la kiné que par 2 mains et un cerveau. Il faut parfois des trésors d'ingénuité à la Mac Gyver pour faire une bonne rééducation avec 3 fois rien. Un papier et un stylo, je vous fais travailler tous les types de préhension ou presque.

J'ai eu des patients en rééducation pour lequel j'ai buté, je me suis remise en question. Qu'est-ce que 2 mains sinon le prolongement du cerveau disait un de mes professeurs. Alors il a fallu réfléchir, se documenter, refaire un examen clinique, reposer des questions, puis d'autres questions. Si je m'étais comporté en loueuse d'appareils, je serais passé à coté de pleins de choses et c'est le patient qui aurait trinqué.

Je me suis aperçu avec le temps que le bilan kinésithérapique (je ne parle pas de diagnostic kiné, cette notion me parait un peu débile) n'était qu'une appellation de plus pour désigner l'examen clinique du patient. La base de la médecine en général avec les 4 temps est devenu mon quotidien et je ne travaille plus suivant les items bilan cutané, bilan trophique, bilan musculaire... ces items sont parfois utiles pour préciser mais si je veux être sure de ne rien oublier je pense interrogatoire - observation - palpation - auscultation - percussion et ça marche!

Bref, si j'avais pu être médecin, j'aurais aimé être clinicienne. C'est pareil que kiné, il faut un cerveau et 2 mains.

 

House brain

 

PS1: Ce post m'a été inspiré par une super pneumologue sur Twitter, et je lui fais un gros bisou au passage (je fais ce que je veux d'abord c'est mon blog)

PS2: je me fais rare sur le blog mais comme je vais bcp mieux et que je reprends le travail à mi-temps, je suis un peu naze et je m'emmêle facilement les synapses.