Carnet spécial d'une kiné et d'une patiente

21 avril 2015

Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux:
un temps pour naître, et un temps pour mourir;
un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir;
un temps pour abattre, et un temps pour bâtir;
un temps pour pleurer, et un temps pour rire;
un temps pour se lamenter, et un temps pour danser;
un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres;
un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements;
un temps pour chercher, et un temps pour perdre;
un temps pour garder, et un temps pour jeter;
un temps pour déchirer, et un temps pour coudre;
un temps pour se taire, et un temps pour parler;
un temps pour aimer, et un temps pour haïr;
un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.
Il fut un temps où j'étais au plus mal sans diagnostic, il est un temps où je sais de quoi je suis malade
Il fut un temps où j'étais insouciante et heureuse, il est un temps où la connaissance et mon orgueil me font faire des bêtises
Il fut un temps où j'étais kiné, il est un temps où je ne je ne le serais plus jamais
Il fut un temps où écrire m'étais facile, il est un temps où écrire est devenu un leurre
Il fut un temps où la colère m'a servi de bouclier dans la bataille, il est un temps où je dois lâcher prise
Il fut un temps où j'étais soignante, il est un temps où je ne veux plus l'être
Même si la vie me place encore parfois dans cette position, elle n'en est que plus amère. J'ai perdu mon empathie. Je ne veux plus prendre soin. Je ne veux plus me soucier des autres. J'ai donné...J'ai trop donné... Parfois pas assez, parfois trop et parfois mal. "Pour le plus grand bien"... Même dans Harry Potter, on trouve certaines vérités.
L'amertume et l'aigreur me gagne et si je me retourne sur le chemin de ma vie, je ne suis pas fière. L'orgueil et la colère m'ont aidé à survivre certes mais au prix de mon âme. J'aime pas ce que je suis devenue, celle que je suis devenue. Qui étais-je pour critiquer ces médecins? Même si j'ai été blessée, ils ont sauvé d'autres vies! Ils ont travaillé dur, pendant leurs études, pendant leur internat, pendant leur clinicat...
Je me suis perdue. J'ai perdu cette faculté d'expliquer les choses, les cohérences des gens. J'ai perdu mon écriture... Au fond, je ne suis ni une créative, ni une penseuse... je suis juste une technicienne.
Raconter ce qui se passe à présent implique trop de choses, devoir mesurer les mots avec une balance d'orfèvre pour ne pas blesser et faire de contre-sens ignoble comme je l'ai fait dans le billet précédent que j'ai effacé il y a quelques jours. Et ressentir la honte de ce contre-sens... c'est la 3ème fois que j'efface un billet, c'est le signe pour moi qu'il est temps de mettre un terme, de me renouveler ailleurs et autrement.
Soyez heureux. Soyez humains dans vos forces comme dans vos failles. Vivez comme je vais vivre aussi mais plus ici sur ce blog.

 

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20 janvier 2015

Ma liberté de bêtise

Surfant sur le web, allant de ci de là, jetant un coup d'oeil distrait sur Twitter, je m'aperçois que je côtoie des gens très intelligents. Ce sont des personnes avec des connaissances remarquables et un sens de l'analyse et de la dérision (cela va souvent de pair) qui me laisse franchement envieuse.

 

Et si j'étais con? Je me sens parfois en position d'imposture. Je lis certains articles de presse, j'en twitte certains non pas pour les ériger en vérité absolue mais pour donner une info qui mériterait d'être creusée, ou qui est juste rigolote ou juste un peu scientifique.

 

Que celui qui n'a jamais regardé "C'est pas sorcier" me jette la première pierre mais la vulgarisation est un pas vers la connaissance. Et j'aime les articles de vulgarisation. J'adore les documentaires, le dernier en date retraçait l'apparition et l'évolution du pénis, c'est tout dire. La chanson de Pierre Perret prend alors un sérieux coup dans la face quand on pense qu'il en existe des bifides, des avec des crochets pire qu'un harpon... mais je digresse.

A quoi me sert de savoir tout ça? A rien ou presque. C'est la culture générale, ce que je peux transmettre aussi à mon enfant, à elle de voir si elle veut creuser le sujet (bon on va éviter le documentaire sur le pénis quand même, c'est pas sorcier suffira). J'ai les DVD "Il était une fois la vie", c'est un bel exemple de vulgarisation et pourtant bourré de raccourcis, d'imprécisions, d'erreurs mais c'est un dessin animé qui semble recevoir un bon accueil chez nos amis médecins.

Comme pour le dictionnaire étant petite, je cherchais un mot qui m'amenait à chercher un autre et de fil en aiguille je passait de chat à cuisson vapeur (Non je ne cuisine pas les chats) en l'espace de 2 heures. Je connais le même phénomène avec Wikipédia ou de lien en lien je passe du spirochète à la boîte de Petri en terminant par le réflexe de Pavlov. (Que celui qui n'a jamais été une fois sur wikipedia même par curiosité me jette un parpaing à la tronche).

Le seul domaine où j'ai vraiment cherché, c'est la borréliose. J'en ai lu des articles (et aussi pas mal de conneries) même s'il me manquait des connaissances de base. J'ai complété en autodidacte et il doit me rester des lacunes. Et pourtant, si l'on me pose une question, je ne sais pas forcément la réponse de tête mais je sais où trouver l'article pertinent que j'avais lu il y a 1 ou 2 ans (ce qui m'évite de me baser uniquement sur ma mémoire et de dire une bêtise).

Pour le reste, je revendique mon droit d'être bête. De ne pas pousser dans la recherche à chaque article que je lis, j'ai envie de découvrir des choses par plaisir, pas d'en faire une thèse. Je ne ferais jamais de thèse, je ne suis pas une érudite. Et parce que je ne veux pas me consacrer à un seul sujet. J'aime passer de la biographie de Richelieu, aux romans de Christian Jacq ou Franck Herbert en passant par des vieux classiques ou des Agatha Christie pour passer le temps. Je veux pouvoir m'émerveiller de vidéos de réactions chimiques sans avoir à me demander si la réaction est endo ou exogène, s'il faut un catalyseur et sans avoir l'équation d'oxydo-réduction responsable.

 

Je veux aussi pouvoir garder le mystère de la couleur des feux d'artifices pour pouvoir m'émerveiller comme un enfant devant la belle bleue ou la belle rouge.

FEU D ARTIFICE 2

Parfois, j'envie les ignorants, ils peuvent apprendre et avoir la joie d'apprendre. Ils ont aussi le choix de juste regarder et ne pas chercher plus loin. Un peu d'innocence d'enfant.

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12 octobre 2014

Un café et l'addition

Je passe la majeure partie de ma journée dans un bureau, ce n'est pas tous les jours le même, je suis une SBF, une sans bureau fixe qui se pose sur le bureau de qui accepte. Comme quand j'exerçais la kiné, je trimballe mon matériel dans mes poches, une vraie caverne d' Ali Baba.

 

J'ai laissé tomber le pyjama, souvent pas à la bonne taille mais mon royaume pour du tissu que les jetables en intissé sans poches où avoir une température normale est mission impossible et où on sent le fennec au bout de 2 heures. J'ai une blouse, la classique, qui se pressionne devant avec même une poche revolver. Manches courtes évidemment, j'ai toujours le réflexe de soignants (pas de bijoux, pas de vernis, manches courtes).

 

Je ne vois pratiquement pas les patients. J'en ai parfois au téléphone parce que le standard ne sait pas où renvoyer. J'en vois parfois pour une prise de rendez-vous à une sortie mais globalement je ne les vois pas.

 

Et pourtant, je connais leur vie, leurs soucis de santé. Lors de mes études, nos professeurs disaient vouloir voir le patient dans le bilan et pas un bilan de pathologie. Ils avaient raison, Ô combien. Et maintenant, ça me bouffe encore plus parce qu'à part taper un compte-rendu, je me prend encore tout, l'empathie à distance ça marche. Je ressens aussi le malaise et l'impuissance du médecin devant certains cas. Je le vois ce patient qui s'enferme dans la cave à dénuder des fils de cuivre, ces enfants qui délaissent leurs parents, et d'autres qui se prennent des coups de la part de celle qui leur faisait des câlins autrefois. Et je ne peux rien faire...

 

Je porte cette blouse tous les jours parce que c'est la politique des hôpitaux qui veut ça parce que revêtir cette blouse me permet d'endosser ce rôle administratif dans un service de soins.

 

Et puis il ya eu ce petit moment. Lors d'une chasse au dahut dossier, je passe devant une chambre, il est 13 heures, l'IDE de l'hôpital de jour a servi du café avant d'aller prendre le sien vite fait en salle de pause. Et il y a cette dame, les mains déformées par l'arthrose qui tente de le boire et le renverse complètement. Et je suis redevenu la soignante. J'ai tout laissé pour aller la voir. Vérifier qu'elle ne s'était pas brûlée les cuisses mais seule la tablette et le sol avait pris heureusement. J'ai épongé le sol pour ne pas qu'elle glisse en se levant, essuyé ses embouts de canne également. Je suis allé chercher un autre café, le lui ai servi.

cafe

 

Un sourire, un merci et au revoir plus tard, petite friction hydro-alcoolique et je suis dans le couloir.

 

J'ai fait mes frictions comme dans le manuel. Et ma blouse est fermée, je ne sais pas comment ni quand j'ai pu le faire. Je suis toujours blouse ouverte parce que ce n'est pas pratique pour le frappe, je me sens engoncée mais là je suis blouse fermée et je me suis sentie de nouveau soignante. Je n'ai rien oublié, j'ai encore quelques réflexes mais je dois faire le deuil de ce monde. Mon nouveau projet professionnel est là, presque à portée de main. Je dois attendre encore et encore mais il se fera.

 

Mais au fond, il y a toujours la soignante qui sera là. Elle va disparaître petit à petit. Je la sens de plus en plus déconnectée du monde actuel, les pratiques évoluent et on ne peut pas interagir longtemps avec ses pairs avec seulement des souvenirs.

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29 mars 2014

Avant...

Avant, j'étais libéral, collaboratrice de mains d'or. Je faisais du bon boulot, pas excellent non plus mais j'essayais. Enfin je croyais faire du bon boulot mais maintenant, je ne le ferais plus comme à l'époque.

Avant, j'étais kiné en pneumologie. J'adorais bosser en équipe pluridisciplinaire. Mes rapports avec mes confrères étaient plus difficiles. Entre les comptables qui partageaient la liste de patients d'un kiné absent en divisant par le nombre de kiné restants sans se préoccuper de la charge de travail, ceux qui étaient déjà en salle de repos à 14 heures trente attendant que la pendule indique 16 heures 12, je ne me sentaist aucune affinité avec eux, les quelques kinés qui avaient la même vision des choses que moi ne restaient jamais longtemps devant cette inertie.

J'avais réussi à faire bouger les choses, un peu. J'avais introduit l'expertise kiné, le dialogue avec les médecins, l'entraide entre IDE et moi, les AS et moi, mais uniquement dans mon service. J'ai tenu longtemps et je suis partie vers de nouveaux horizons. Je n'ai pas pu organiser de pot de départ, mais cette équipe ne m'a pas oublié et à la fin de la dernière transmission, j'ai reçu un énorme cadeau.

Avant, j'étais kiné en réanimation. J'adorais bosser en équipe pluridisciplinaire. Si les plus anciens du service ont mis un an à m'accepter, le jour où je suis passé de "hep la kiné" à "Biche, tu peux nous donner un coup de main" a sonné comme une reconnaissance de tout le travail que j'avais fourni.

 

Et puis je suis tombée malade, je ne reviendrais pas sur toutes mes aventures.

 

Aujourd'hui, je dois reprendre un nouveau poste dans les jours qui viennent. De quelqu'un de compétence avec du potentiel, je suis passée à rien. Je ne sais rien faire. Ce que je savais faire, je ne peux plus le faire physiquement. Les connaissances sont là mais elle ne sont plus d'aucune utilité à mon employeur. Je suis une vieille guimbarde un peu rouillée, au moteur poussif. Je ne peux plus faire de courses de nascar et à peine emmener chercher du pain une fois par semaine.

Avant j'étais masseur kinésithérapeute diplômée d'état... Aujourd'hui, je ne suis qu'une kiné attestée par un diplôme, qui ne peut plus être kiné.

 

Demain, je serais peut être la pire des secrétaires médicales.

Limace

 

 

Avant, j'étais kinésithérapeute... Mais ça, c'était avant.

 

caducee

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01 mars 2014

Allumez le feu

Je ne suis pas une fan de notre Johnny national, mais il faut que je lui concède que certaines chansons me plaisent énormément et que c'est une bête de scène (même si il a aussi été très bête quand il jouait avec une hache sur scène dans sa jeunesse, mais je m'égare).

La réanimation, ce sont des patients dits "lourds". Parfois au sens propre comme au sens figuré, mais toujours en relation avec leur état de santé. Je me rappelle d'une phrase d'un chef de clinique qui disait qu'une fois arrivé en réa, on était déjà mort une fois. Si l'on n'avait pas ces services partout en France, il y aurait une flopée de morts chaque jour. Et c'est ce qui fait que l'on se bat pour chaque patient qui entre. Il a réussi à atteindre la réa, il y a encore un espoir, très mince mais il est là.

Dans une réanimation, les portes sont souvent ouvertes, les chambres sont pourvues de fenêtres. Ce sont de vrais bocaux façon aquarium. Dans une réa, on va trouver des rideaux occultants, dans une autre des stores et si le rideau est déchiré ou le store coincé, on va poser un paravent plus ou moins efficace. Le personnel soignant tente toujours d'équilibrer entre surveillance constante et respect de l'intimité, l'exercice est très difficile, la vie ne tient qu'à quelques fils de perfs ou de scope.

Mais ce qui fait une réanimation, c'est le bruit constant. Dans une étude, le bruit était considéré par les patients, et dans une moindre mesure par les soignants, comme intrusifs, pesants, stressants. Il y a les bruits dans la chambre: les pousse-seringues, le ventilateur, le scope, la machine à nutrition. Et il y a les bruits des autres chambres au loin, le bruit que font les soignants en tapant sur l'ordinateur, en parlant entre eux, les portes d'accès qui claquent, les chariots qui roulent.

Et puis cette surveillance toutes les 2 ou 4 ou 6 heures... mais généralement, c'est toutes les 2 heures.

Je décrivait la réa au début de ce blog comme une fourmilière, il y a plus de personnel que de patients (et ce n'est pas par fainéantise, bien au contraire, tellement il y a de choses à faire). Et quand j'ai commencé, j'ai souffert pendant plus d'un mois d'hallucinations auditives dans mon sommeil. J'entendais les alarmes de scope ou de ventilateurs. Même encore maintenant, je peux me rappeler ces sons. Et quand il y a 3 mois, je suis passé dire bonjour à mes collègues de réa, j'ai entendu ces sons à nouveau j'ai pensé "Je suis chez moi".

Mais pour un patient qui arrive pour la première fois en réa, le choc peut être brutal. Si l'on y rajoute des médicaments "intenses" cela peut même donner des situations cocasses.

 

 

 

Elle est jeune, elle a une pathologie rénale si grave qu'elle a reçu un texto lui demandant de se présenter rapidement à son hôpital de référence. Elle va enfin pouvoir filtrer, elle va recevoir un nouveau rein. Elle l'a attendu plus ou moins longtemps, avec cette épée de Damoclès au dessus de sa tête. Et même si elle va avoir un nouveau rein, rien n'est joué, les HLA sont farceurs parfois et le corps peut rejeter en masse ce qu'on lui offre comme seconde chance.

Mais elle va bien, elle semble ne pas rejeter le greffon. Elle est en isolement, il faut fermer la porte, mettre une casaque, un masque, des gants pour la protéger pendant nos soins. Et elle est là...

-"Ma fille est venue hier soir."

-"Ah mais c'est super, ça a du vous faire plaisir"

-"Oui, elle était en feu."

-"Comment ça?"

-"Ben il y avait des flammes tout autour d'elle. D'ailleurs, j'ai vu des flammes sortir des prises de courant, faudra dire aux infirmières de faire attention de ne pas se brûler."

Je suis restée sans voix, elle me décrit une belle hallucination comme si c'était normal. Je ne suis pas une fan des patients "psy", ce n'est pas un jugement de valeur, c'est juste que j'ai peur en intervenant d'aggraver les choses. Je ne sais pas comment faire. Mais là, en chambre d'isolement, tout en faisant sa séance de kiné, je me sens dépourvue.

-"Est-ce que votre fille, en étant entourée de flammes, se plaignait? Elle avait mal?"

-"Ah non! Elle me parlait tout comme vous! D'ailleurs, vous aussi, vous avez des flammes autour de vous!"

-"Si j'avais des flammes autour de moi, vous ne pensez pas que j'aurais mal et que je crierais?"

-"Ah mais c'est vrai..."

Après un silence, elle a repris.

-" Pourtant ce matin, pendant les toilettes, j'ai bien entendu quelqu'un dire qu'il y avait le feu!"

 

Je termine ma séance en me disant que la première chose à faire est de prévenir l'IDE et l'interne qu'elle a un risque de surdosage de je-sais-plus-quoi-qui-donne-des-hallucinations-dont-je-me-souviens-plus-le-nom. Première chose que je fais en tombant sur l'infirmière de la patiente.

-"Hein? Elle a vu des flammes? Et ça l'a pas inquiété?"

-"Non mais je pense que ce sont des hallucinations."

-"AAAAAh je comprends!!!"

-"Oui mais moi toujours pas!"

-"OK, elle est surdosée mais tous les matins, on fait la toilette de Mr. Endormi, c'est un fan de johnny, sa femme nous a amené ses CD et on lui fait sa toilette sur "Allumer le feu"".

 

Allumer le feu- Johnny Halliday

 

Ceci explique cela...

 

 

 

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25 février 2014

Pas de bras, pas de chocolat

Les billets se font rares actuellement. J'en ai encore plein sous le coude mais l'actualité personnelle me fait me censurer tant à l'égard de la situation de monsieur que de la mienne propre.

 

*********

il y a une spécificité à l'höpital: j'ai nommé l'évènement indésirable.

 

Si l'on reprend les définitions, (Larousse, je sème à tous vents et tu t'épanouis dans mon champ) cela désigne un évènement que l'on ne désire pas, que l'on ne veut pas (philosophe, à vos marques, prêts, partez). Bref, un événement qui n'aurait pas du être.

Ce qu'il y a de bien avec l'informatique à l'höpital, c'est que tout y est recensé (tout du moins est sensé l'être).

Ce qu'il y a de bien avec les fonctionnaires, c'est qu'ils sont censé connaître toutes les procédures...

Ce qu'il y a de bien avec ce blog, c'est que je pose pile le doigt là où ça fait mal...

Et donc, mon collègue, tout frais, tout nouveau, tout neuf, a besoin de déclarer un évènement indésirable...

 

-"Tu te rends compte, c'est inadmissible, l'administration doit savoir. Et si c'était arrivé à un patient, ça prendrait une autre ampleur!"

 

Le temps de farfouiller dans la vieille bécane qui bosse sous Windows XP windows 98 windows 95 (pfff les informaticiens connaissent pas Linux), je trouve la procédure pour déclarer un évènement indésirable. J'ai de la chance, il y a une procédure dédiée avec un formulaire à remplir en ligne. Ok, je clique, je clique, je clique.... ah il faut renseigner son matricule. Comme ce n'est pas moi le témoin direct, je demande au collègue concerné son matricule qui l'identifie...

J'étais pourtant persuadée qu'il y avait un anonymat concernant la déclaration d'évènement indésirable, ceci pour permettre à n'importe qui de déclarer n'importe quoi mais non. Si pas d'identification, pas de déclaration. Sine brachio non cacaum! Mais bref passons!

Mon collègue accepte de donner son matricule... Nia,nia,nia le service des réclamations gardent l'anonymat... nia, nia, nia "désirez-vous être informé des suites données à votre déclaration?"... Nia, nia, nia... "Votre demande a été prise en compte.

Bon, je l'ai un peu aidé à formuler...

-"Ouais, alors tu commences par Monsieur, c'est inadmissible..."

-"Madame, Monsieur, j'ai l'honneur de vous faire part de ce que..."

 

J'ai pas fait mes classes dans l'armée mais y'a certaines phrases qui restent ancrées... Dommage que le service militaire n'existe plus.

 

-" Je pense que la sécurité des patients est en jeu..."

-"Il m'a été permis d'être le témoin direct de..."

 

A ce moment-là, je me sens l'äme d'un OPJ, qui reformule afin d'être compréhensible de toutes les personnes, destinatrices de ce mail

 

-"J'ai trouvé un limace dans ma salade au self!"

-"un élément indésirable a été observé lors de la délivrance de substances nutritives au niveau de la restauration du personnel."

 

-"Comme les patients ont la même, ça aurait pu leur arriver!"

-"Ces mêmes substances sont délivrées aux patients, cet événement indésirable aurait pu prendre un plus grande ampleur."

 

-"C'est inadmissible!"

-"Je ne peux que m'offusquer et déclarer cet événement comme étant indésirable auprès de vos services."

 

-"J'espère que ça ne se reproduira plus"

-"Je vous prie de croire, madame, monsieur, en l'expression de mes respectueuses salutations."

 

La fin de l'histoire? Le collègue ne m'a informé d'aucun retour, les salades ont semblé indemnes de toute présence animale les faisant assimiler par le beth dhin de paris comme étant kasher/Parvé.

Oui, déclarer un évènement indésirable... c'est pas encore ça!

 

Limace

 

 

 

 

 

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