"J'aime pas ce que tu es devenue!"

[Ce billet est une catharsis clairement, je m'en rends compte et je prie par avance les lecteurs de bien vouloir me pardonner. Il y a même des allusions que peu de personnes saisiront mais tant pis.]

Depuis juillet, j'ai arrêté la cigarette, je suis passée à la cigarette électronique. J'ai hésité longtemps. Il n'y avait pas de recul, c'était un produit nouveau, développé par la Chine au départ, d'où un un-a-priori. Je me rappelais le scandale du lait infantile contaminé, des paires de chaussures empoisonnées et puis j'ai décidé de creuser. Twitter m'a apporté ce qu'il m'avait toujours manqué à savoir l'esprit critique, analyser, disséquer, aller au delà des apparences. Qui m'écrit, qui me donne l'information? A-t-il des conflits d'intérêts? Pourquoi cette personne me donne cette information?

Alors j'ai décidé de creuser. Je me suis intéressé autant au contenu de l'information de qui me donnait l'information. J'ai multiplié mes sources et approfondi mes recherches. Un peu comme j'ai fait pour la borréliose. Aujourd'hui, je suis capable de dire, sans malaise ni vantardise, que je suis à l'origine de mon diagnostic. Que par mes recherches, j'ai pu aboutir à un traitement, à un mieux, certes qui n'est pas parfait mais il est là.

Oui, je n'ai pas fumé de cigarette... enfin si, j'ai tenté deux fois de refumer, sous l'effet du stress, en demandant une clope, une tige, un clope à mon entourage fumeur...Et vous savez quoi? C'est dégueulasse la clope! A peine la première taffe inhalée, je ressentais un vieux goût âpre, acre et peu agréable...comment ais-je pu tirer du plaisir de cette tige incandescente? A peine allumée, je n'avais qu'une envie: l'éteindre. Mais je ne voulais pas vexer ceux qui me l'avait donné, c'était de l'argent pour eux, un sésame qui allait leur faire défaut peut être à 23 heures une fois tous les débitants de tabac fermés. Alors je l'ai fumé consciencieusement jusqu'au bout, histoire de bien me dégoûter, d'être sûre que vraiment la cigarette était derrière moi. Et j'étais heureuse de retrouver ma e-clope, ma e-cig, ma vapoteuse que je porte autour du cou avec un lien avec un plaisir non feint. J'ai diminué le teneur en nicotine, je sais que je suis sur la bonne voie. Bientôt, ce sera derrière moi.

Et pourtant...

Pourtant je me heurte à l'incompréhension et à la connerie de ma famille.

Normal, je suis la petite dernière. Celle qui a beaucoup d'année de retard par rapport à deux frères, qui ont fait beaucoup de conneries, qui auraient pu leur faire avoir des problèmes avec la justice (bah des petits, pas des passibles de la cour d'assises, faut pas pousser). Et je suis une fille, ce qui pour la génération de ma mère est... comment dire?... Je ne vaux pas un homme. Je suis la dernière et une femme donc j'ai tort.

"C'est vrai, la dernière fois que tu es venu ça sentait le tabac!"

Ça sera difficile avec un arôme Miel+citron+cola...mais bon, elle emboîtait la position de mes frères. Elle avait pris position.

"Mais c'est de l'antigel!!!!"

Là c'est mon frère, le pro de la chimie. Sauf que le propylène glycol, c'est aussi un émulsifiant dans le domaine de l'alimentation, un stabilisant dans le domaine de la médecine pour les aérosols, ce qui permet de faire de la fumée en boîte de nuit...

"Tant qu'on saura pas ce que ça fait, je t'interdis de l'utiliser devant moi"

Parce que ta clope à combustion, elle est peut être anodine, et en plus, tu pues deux fois plus que moi (et encore, je suis gentille, il est tard, j'ai une bière d'avance et je suis fatiguée)...

Bref, la conversation avec mes frangins plus agés, se prenant pour le chef de famille à tour de rôle, se résumait à des "niveaux de preuves moi- même", tournait au pugilat: j'étais la mauvaise, l'inconsciente, l'empoisonneuse...

Et pour une fois, je me suis rebellée. J'ai osé tenir tête. Parce que mes lectures ne se résumaient pas à Madame Figaro ou Point de vue Image du monde, que je m'intéresse au formindep, à Atoute, à l'EBM...Pour eux, rien à faire, je suis la petite soeur, l'inconsciente, celle qu'il faut éduquer. Et pourtant, ce sont les mêmes qui m'appellent parce qu'un de leurs amis est au plus mal, hospitalisé, opéré, diagnostiqué à coups d'anticorps d'antipoils de cul que même un interniste est obligé de se plonger dans le Pilly pour comprendre (C'est un lupus! Ah non merde, juste une diverticulose qui barre en couilles...).

 

"J'aime pas ce que tu es devenue!"

 

C'est ce que l'un d'eux m'a dit. Oui, j'ai changé, la maladie m'a changé, mon rapport au monde a changé. J'ai rencontré des gens dont le métier était de m'aider et qui m'ont enfoncé. Oui, j'ai développé mon esprit critique, appris à évaluer la source de mes informations. J'ai développé un réseau de connaissances, je suis devenu encore plus curieuse qu'avant. Je n'ai jamais autant consulté pubmed et lu d'articles scientifiques en anglais. Je sais maintenant ce qu'est un conflit d'intérêt grace au scandale du Médiator.

 

Je digresse 30 secondes pour saluer Irène Franchon, elle a dénoncé ce scandale mais dites-vous bien que maintenant sa carrière sera entravée et semée d'embuche: elle a dénoncé, elle devra "payer"... rappelez-vous que celui qui dit la vérité, il doit être éxécuté comme il est dit dans la chanson.

 

"Jaime pas ce que tu es devenue!"

 

Mes chers frères, si je n'avais pas évolué (et non changé) vous seriez en train de pleurer sur ma tombe parce que je me serais suicidée à cause de la douleur. Parce que survivre, ce n'est pas vivre. Parce qu'ouvrir les yeux, développer son sens critique et devenir curieuse de tout m'a sauvé... oui, j'ai une soif de vivre qui subsiste malgré tout.

 

"J'aime pas ce que tu es devenue!"

 

Tu sais quoi, mon frère? Tu cherche à me manipuler. ta phrase est digne d'un manipulateur narcissique. Non, je ne me laisserais plus faire. Non, je ne serais plus passive. Non, maintenant, je rends les coups.

 

"Jaime pas ce que tu es devenue!"

 

Tu es mon frère et je t'aime mais quand tu dis des conneries, s'il te plait...ta gueule!

 

doigt d'honneur

 

Alors...

 

Sarcasme ou ironie?

C'est pas faux!