Pour une fois, je ne vous narrerais pas un épisode de ma vie de kiné libéral, de kiné hospitalier ou de patient atteinte de borreliose. Mais ce qui s'est passé pendant ces deux dernières années, ainsi que l'actualité de ces derniers mois, m'a amené à me projeter différemment dans le monde.

J'ai été élevé dans la notion de devoirs et de droits...Le devoir permettait de justifier pourquoi une fille de 5 ans ne voyait pas son père pendant une semaine, le devoir était aussi une manière de me signifier que c'était comme cela et pas autrement. L'age venant, le carcan des devoirs s'est un peu desserré pour intégré la notion de droits. C'est ce que l'on pourrait appeler liberté...mais une liberté de quoi?

  • "La liberté des uns s'arrètent là où commencent celle des autres."

Autrement dit, la liberté se trouve dans l'espace concédé par les droits et les devoirs. C'est une portion congrue mais qui donne suffisamment l'impression que tout est sous notre contrôle au sein de cet espace.

J'ai parlé déjà de cette notion de devoirs, et de façon bien malhabile. J'ai voulu refaire ce billet, plus exactement le compléter car il n'était pas abouti et il y manquait une notion essentielle. Car, en le lisant, j'y ai vu toute l'horreur que cette doctrine pouvait donner: celle du parfait petit soldat qui obéit aux règles. Quand je parle de lois, que fait-on si la loi est arbitraire, injuste, immorale. Je pense aux quelques personnes de ma famille qui ont été Résistants et FFI...et je crois qu'à la lecture de mon texte, s'ils étaient toujours en vie, ils m'auraient mis un grand coup de casquette derrière la tête ou un coup de pieds au derrière. Eux qui se sont engagés contre les lois en vigueur à cette époque et pour lesquels les vainqueurs ont reconnu les qualités...N'oublions pas que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire. Ils sont des résistants, qualifiés à l'époque par la partie adverse de terroristes.

Alors j'ai pensé à la notion de choisir.

  • "Choisir: prendre de préférence, sélectionner une des solutions par préférence."

Il s'agit donc d'une action affranchie de la notion de bien ou de mal, de devoir ou de droit. et qui se rapporte aux valeurs de la personne. On entend souvent "Je n'ai pas (eu) le choix". Il faut prendre conscience que la personne a eu le choix mais a couvert ce choix par la notion de devoir, de falloir dont elle s'estime incapable de s'affranchir. Ainsi elle se dégage de la responsabilité de son acte...Au fond, nous sommes de grands pleutres: on le voit bien lorsque, même pris la main dans le sac et/ou  avec la bouche barbouillé de la divine substance (au choix mettez nutella, confiture ou cornichons suivant vos préférences), nous nions l'évidence ou tentons d'en amoindrir la gravité de l'acte...

 

Lorsque je fais le parallèle avec ma vie, je me rends compte que je ne me suis pas donné le choix, je n'ai pas eu a assumer pleinement de responsabilité avant l'âge de 21 ans, à l'âge où j'ai commencé mon exercice en libéral...et encore, j'ai restreint cette capacité de choix en devenant collaboratrice de mon mentor.

Mon premier choix je l'ai fait en enlevant ma plaque, j'ai voulu consciemment changer ma vie et opérer mes choix. Ce n'était qu'un leurre je m'en rends compte à présent car je n'ai pas su faire de choix face à une équipe au premier abord sympa mais dont chaque individu cherchait à se décharger de la charge de travail tout en niant celle des autres. J'ai fait un choix en partant ailleurs, ou plus exactement j'ai cru choisir un nouveau poste alors que je ne faisais que fuir une situation délétère.

Ce n'est qu'il y a deux ans quand j'ai fait un choix face à une situation exceptionnelle mettant en cause gravement un de mes collègues. Je ne rentrerais pas dans les détails pour ne pas que les protagonistes de l'histoire soient identifiés mais je ne suis pas fière des choix que j'ai fait ces jours là. J'aurais pu choisir de l'affronter sur place, de lui barrer la route et d'ameuter tout le monde mais je ne l'ai pas fait. Tiraillée par ma conscience, j'en ai parlé à un ami médecin qui m'a dit de prévenir ma hiérarchie. Ce que j'ai fait...sauf que la hiérarchie ne pouvait pas sanctionner car c'était ma parole contre la sienne et il n'y avait pas de témoins directs ni d'écrits. Cette histoire est autant sa faute que la mienne: j'ai fait des choix et j'ai eu du mal à les assumer. J'ai cherché à éviter le conflit et c'est moi qui ai été atomisé...

Concernant ma maladie....je n'ai pas eu le choix d'être malade bien évidemment mais je me rends compte qu'un jour j'avais toujours le choix et qu'écouter ad libitum et nauseum les médecins qui me voulait du "bien", persuadé d'avoir raison, était un choix. Il m'a fallu 3 jours de mutisme, 5 paquets de clopes, 5 ou 6 bières pour de nouveau interagir avec mon entourage et prendre alors ma décision...faire mes choix. Celui d'aller voir un médecin-rebelle, de contacter une association de patients, de convaincre ma médecin traitant de cette éventualité et surtout de décider et de prendre pleinement la responsabilité de mes choix.

Ceci est quelque chose de vertigineux, je ne subis plus mon monde, j'interagis. Je subis encore certaines choses comme la douleur, la colère, la dépression même si je choisis de les combattre avec des médocs ou autres mais je me sens paradoxalement plus libre.

Libre parce que je choisis, même s'il reste une part inconsciente de moi qui me guide dans ces choix. Et cela aussi, je l'assume.

 

Parfois, je décide très rapidement, ce que je qualifiais d'instinct. Je me méfiais de ces décisions prises à la va-vite et souvent critiquées par certaines personnes de mon entourage jusqu'à ce que mon mari me fasse prendre conscience que derrière le mot instinct se cachait une forme d'intelligence dite situationnelle. Le choix n'est donc plus irrationnel et instinctif mais c'est une manifestation de notre intelligence qui en embrassant d'un coup une situation connue ou imaginée a déjà la solution avant même processus de réflexion car celui ci a déjà eu lieu.

 

C'est maintenant que je réalise tous les choix que je peux faire tous les jours, que je regrette ceux que le temps m'a pris. Ou je n'ai pas pleinement choisi ni assumé ces choix. Je ne peux plus choisir de revivre telle une adolescente par exemple. Le choix a déjà eu lieu. Mais il y a encore ceux à venir sur l'arbre de ma vie avant d'atteindre la feuille ultime.

 

 

 

Arbre de vieArbre de vie